1er septembre
J’ai bricolé à la hâte un texte d’accompagnement pour l’expo des secrets de cet après-midi, et je l’ai envoyé à Viki. J’ai pensé à déposer le vélo de Cadette au réparateur du marché. Je n’ai pas vraiment travaillé, juste envoyé deux-trois trucs. J’ai accroché l’expo avec Cadette et Viki. Tous les préparatifs nous ont fait gagner du temps et nous avons été efficaces. Je suis allé me baigner avec les filles et ma chérie. (Nous avons voulu manger des glaces et le glacier était fermé.) Nous avons joué à The Mind.
2 septembre
J’ai posté mon premier message sur la liste de diffusion Georges Perec. Je n’ai rien entendu de l’orage qui nous est passé sur la tête cette nuit et que Cadette a abondamment photographié. Nous avons pris notre dernier repas, famille complète, avant l’année prochaine. J’ai consolé Benjamine. J’ai tombé jean et marinière pour me mettre torse nu en short, arranger les vélos et nettoyer la terrasse. J’ai trié et mis de l’ordre dans mes vieux papiers. J’ai fait une sieste, courte et tardive. (Les estivants du bout de la rue ont mis leur musique à fond.) Nous sommes allés nous baigner. Ma chérie m’a montré un objet rouge non-identifié dans le ciel. Surtout, je l’ai suivi avec la vieille paire de jumelles de mon père (sans déterminer ce dont il s’agissait.) J’ai garni mes pizzas en parallèle. (Au moment de m’endormir, un moustique.)
3 septembre
En ouvrant les volets, j’ai vu, avec grand contentement, que la famille bruyante et sans-gêne qui louait la maison bleue au bout de la rue était en train de charger sa voiture. J’ai chargé la mienne des affaires de Cadette, et j’ai même trouvé une place pour Benjamine. Nous n’avons trouvé qu’un poke bowl pour nous nourrir. La serveuse, qui était désœuvrée face à nous, dans un restaurant désert, nous a demandé de passer commande sur la tablette murale pour qu’elle puisse commencer à composer nos plats après réception du ticket de validation. (Nous avons mangé à l’extérieur, sur des tables penchées qui laissaient glisser nos plateaux.) (Un conducteur énervé a franchi à deux reprises la ligne blanche, une fois derrière nous, une fois devant nous, sur une route sans visibilité.) A 15h01, quelque part entre Cognac et Saintes, Benjamine m’a écrit un dernier message, et nous avons basculé dans une aventure d’un genre nouveau. J’ai mis un peu de gas-oil dans la voiture qu’on m’avait prêtée, rendu la voiture, et mis un peu d’essence dans la voiture que j’ai récupérée. J’ai ouvert en grand la maison. (L’air frais est entré moins vite que les moustiques.) J’ai guetté l’extinction de l’éclairage municipal. J’ai mis du temps à trouver le sommeil.
4 septembre
Je suis allé marcher sur la plage. J’ai laissé des crabes morts derrière moi et j’ai voulu y voir un signe. J’ai fermé la maison dès 9 heures. J’ai réalisé l’interview d’un skipper, et rédigé l’article dans la foulée. J’ai acheté des recharges de répulsifs à moustiques, et un briquet. J’ai parlé avec Benjamin, j’ai été attentif à mon langage, j’ai usé et abusé de circonlocutions. J’ai passé un peu de la journée en ayant l’impression d’être assommé, sans pouvoir affirmer qu’il ne s’agissait que de la chaleur. Écrire m’a fait du bien. Junior m’a tiré de ma sieste pour m’apprendre l’heureux dénouement, avant qu’il ne parte, des démarches qu’il avait entreprises. Le ciel était de sable gris jaune. J’ai été surpris de constater que l’exposition des travaux des ateliers n’avait pas été montée. De la bibliothèque à la librairie, j’ai sué à grosses gouttes. J’ai pu me rafraîchir, et me sécher, un peu avant la réunion. J’ai découvert une petite maison cachée dans un petit jardin du centre-ville. (La réunion de travail a été inutile, nous avons juste convenus de faire comme les années précédentes, en faisant semblant de réinventer nos façons de faire et en anticipant des difficultés hypothétiques.) (J’ai découvert sur le chemin que mon train retour était annulé.) J’ai traversé la ville pour attraper un bus. Deux anglaises bavardes sont venues s’asseoir juste devant moi. Sans vraiment hésiter, j’ai changé de place et ce fut une bonne décision. Sur un itinéraire nouveau pour moi, j’ai eu l’impression de voyager un peu, en passant dans des quartiers où je n’étais jamais allés. Benjamin nous a suggéré un diminutif. J’ai ouvert les volets de la chambre très, très lentement, du plat de la main, pour faire entrer de l’air frais sans réveiller ma chérie et je me suis endormi.
5 septembre
J’ai essayé de rassurer Benjamin, qui appréhendait sa rentrée. (J’ai vu un pigeon mort sur la route, que j’aurais préféré ne pas voir.) Je me suis retrouvé dans la maison, seul pour la première fois depuis deux ans et ce ne fut pas très agréable. J’ai pris l’échelle pour décrocher le bout de ruban de masquage du chantier voisin qui tapait sur la gouttière. J’ai tout fermé à partir de 10 heures. J’ai récupéré un Benjamin tristement déboussolé. J’ai laissé entrer la chaleur et je me suis réfugié dans une chambre fermée de l’étage pour tenter de travailler un peu. Benjamin est revenu un peu rasséréné. J’ai passé l’après-midi, et jusqu’à la fin de la journée, dans les mots de passe et les identifiants. Je suis allé faire quelques courses à vélo. J’ai trouvé le bon rythme de cuisson pour les gyozas. J’ai mangé les premiers Chasselas de cette année. La chaleur a tardé à redescendre.
6 septembre
(Pour contrer l’efficacité vespérale de mon dispositif de défense aérienne, les moustiques ont changé leur stratégie, ils m’ont attaqué ce matin.) J’ai entendu à distance les voisins s’engueuler avec leur architecte ou leur maître d’œuvre. Le mécano m’a déconseillé d’entreprendre les travaux de réparation sur la voiture. J’ai cherché en vain le câble ethernet pour Junior. Je suis allé acheter une authentique popote de camping. J’ai mollement travaillé, me contentant de copier-coller des bribes de textes à remettre en forme plus tard. J’ai préparé un hachis parmentier végétarien. J’ai couvert deux livres.
7 septembre
J’ai entendu le bruit du scotch marron que l’on déroule (sans doute les voisins de derrière, qui déménagent.) J’ai envoyé un texte à une revue. J’ai nettoyé la douche, démarré le lave-vaisselle, surveillé les températures intérieure et extérieure, fermé volets et fenêtres, vidé le lave-vaisselle. Je n’ai pas trouvé la motivation suffisante pour travailler. J’ai hésité à réserver un aller-retour pour Paris mi-octobre. J’ai pris les petites routes pour aller jusqu’à Nantes. Les prises Ethernet ont eu l’air de faire l’affaire. J’ai pris un verre avec Junior. La serveuse a essayé de nous appâter avec des cadeaux promotionnels pour commander un Aperol Spritz. J’ai aperçu une ancienne amie traverser la place. Nous avons passé une bonne soirée au restaurant, dans une ambiance estivale. Les galettes avaient des noms de phénomènes météorologiques. J’ai regardé, avec un point de vue surplombant, les terrasses des bars et restos se remplir et se vider. J’ai enfoncé bien profond mes bouchons d’oreilles.
8 septembre
J’ai dormi trois heures. (Un type bloquait la sortie du parking nocturne avec sa voiture.) (J’ai vraiment craint que ce soit sans fin, mais il s’est décidé à poursuivre ses embrouilles avec le gardien du parking en nous laissant passer.) J’ai observé l’aéroport s’éveiller, et s’animer, comme un centre commercial qui aurait ouvert en pleine nuit. (Les croissants de la formule « café + croissant » n’étaient pas encore cuits.) J’ai été seul sur l’autoroute, il faisait frais, j’ai vu les premières lueurs du jour. J’ai récupéré deux heures de sommeil. J’ai renoncé à prendre un aller-retour pour Paris mi-octobre, la date venant d’être préemptée. J’ai trouvé deux patates en forme de cœur dans le sachet. Junior a bien atterri, et est installé. Je suis arrivé en avance à la Maison des Écritures, et c’était fermé. J’ai longuement, et très plaisamment, discuté avec Michèle. (Nous n’avons pas ramassé nos tasses en partant.) Benjamin a consenti à nous jouer un peu de guitare. (Les voisins ont gueulé pendant tout le match.)
9 septembre
Un de mes textes a été publié en ligne. (Je n’ai d’abord pas compris pourquoi il n’y en avait pas deux, avant de me souvenir que l’autre serait publié le mois prochain.) J’ai repéré de loin, sur le bord de la nouvelle avenue, se détachant sur la pelouse jaune et sèche, un petit massif de fleurs rouges et blanches et j’ai été déçu de constater, en passant à leur hauteur, que ce n’était qu’un morceau de rubalise pris dans les tiges. J’ai rendu les livres à la bibliothèque et j’ai salué Frédérique, Valérie, Raoul. J’ai fait mon marché parmi les nouveautés. (Dès le matin, la chaleur sur la mezzanine de lecture était difficilement supportable.) (L’expo n’était toujours pas montée, alors qu’elle était censée être en place au début du mois.) J’ai déposé un chèque sur un compte à découvert. Encore des histoires d’identifiants à résoudre avec Cadette. J’ai erré comme une âme en peine à la recherche d’une babiole à offrir ce soir et je n’ai pas trouvé. Junior a donné de ses nouvelles, involontairement. Nous avons finalement acheté une bouteille et des trucs pour l’apéro. La chaleur de l’après-midi m’a accablé, je n’ai rien eu envie de faire. J’ai été surpris de retrouver Renaud, Magali, Carole, Alain à la soirée. Nous avons vu les éclairages municipaux s’éteindre, et des éclairs lointains tenter de prendre le relais.
10 septembre
J’ai espéré une pluie qui n’est finalement pas venue. J’ai réorganisé mes onglets. J’ai pris en note quelques phrases pour le portrait à venir de Michèle. Nous sommes allés nous baigner. (J’ai mangé un Kit-Kat au retour des courses.) Nous avons regardé Showing Up de Kelly Reichardt.
11 septembre
J’ai entendu le premier grondement du tonnerre et, à tâtons, j’ai parcouru les étages pour fermer une à une les fenêtres. Cadette m’a écrit dans la nuit : un gros rat lui créait de l’embarras, que devait-elle faire ? J’ai travaillé péniblement sur un portrait, tandis qu’il me pleuvait dessus des sollicitations professionnelles grosses comme des balles de ping-pong. J’ai pris le temps de finir L’échiquier, de Jean-Philippe Toussaint, avant de me remettre au travail. J’ai envoyé un portrait à l’arrache, et en-deça de mes attentes. (J’ai buggé en fin d’après-midi face à la masse de boulot qui m’est tombée dessus.) Nous nous sommes amusés des cris des animaux : le butor qui butit, le coucou qui coucoue, la huppe qui pupute, le pipit qui turlute.
12 septembre
Je n’ai pas su si c’était le carrelage ou mon talon qui craquait à chaque pas, avant de comprendre que j’avais un post-it collé sous le pied. Cadette n’a pas été dérangée cette nuit. On m’a offert deux livres (je n’ai pas su refuser) de deux auteurs que je n’apprécie pas et que je ne lirai pas. Je n’ai pas récupéré tous les livrets pour l’expo à la bibliothèque. J’ai vidé notre voiture cassée. Je suis arrivé juste à temps pour passer prendre Benjamin. Je suis allé m’acheter un sachet de guimauves. J’ai écouté le grondement du tonnerre. Je me suis endormi. Au garage où je suis repassé pour chercher la carte grise, j’ai assisté à un levage de moteur par une chèvre. La casse m’a demandé un papier que je n’avais pas pour la cession de la voiture. Sur la plage, de futurs mariés prenaient la pose pour des photos soleil couchant.
13 septembre
Nouvelle pièce intéressante dans ma collection de salles d’attente en pleine conscience : la casse automobile où je me suis débarrassé de notre bagnole. J’ai foutu du produit désodorisant dans les canalisations qui puaient. J’ai essayé d’avoir l’air détaché devant les cabines d’essayage. J’ai expédié, aux sens propre et figuré, quelques brèves en attente. J’ai laissé le chef d’orchestre diriger tout seul son interview et je me suis contenté de prendre des notes. Mon téléphone a appelé tout seul Cadette. Junior nous a appelé de Slovaquie.
14 septembre
Je me suis mis au boulot sans (trop) tarder. J’ai enchaîné les brèves à bon rythme. J’ai fait une interview et rédigé le portrait dans la foulée. J’ai un peu foiré ma galette-ratatouille. Je suis reparti pour l’après-midi sur le même rythme de travail. J’ai arrêté avant saturation. Je suis entré dans une salle de SVT pour la première fois depuis très longtemps. (Je m’y suis vite ennuyé.) J’ai regardé les petites affiches bienveillantes : « j’ai le droit de me tromper », « je peux apprendre de mes erreurs ». J’ai cherché dans mon portefeuille n’importe quel bout de papier pour faire mine de prendre quelques notes. Benjamin m’a confirmé que les messages des petites affiches ne se traduisait pas dans les faits, et qu’une erreur entraînait plutôt une engueulade. Nous sommes vite allés voir le coucher de soleil, presque déjà passé. Je me suis couché tôt.
15 septembre
Je me suis réveillé avant tous les réveils. Aucune des sorties musicales du jour ne m’a emballé. J’ai bouclé assez tôt mon gros boulot de rentrée. J’ai compté les méduses sur la plage. J’ai fermé les yeux et j’ai marché à l’aveugle en direction de la jetée. Je suis allé acheter du produit-vaisselle. (Et un sachet d’oursons à la guimauve, qui m’a rempli de gras, de sucre et de culpabilité.) Une réunion à laquelle j’ai bien envie de me rendre s’est glissée dans mon planning d’ateliers. Je suis allé me baigner avec ma chérie. J’ai garni des galettes de sarrasin de champignons poêlés. J’ai découvert Venom.
16 septembre
Entre l’atelier du jour de Laura Vazquez et un article du Monde qui leur est consacré, la matinée s’est placée sous le signe des boules Quiès et des bouchons d’oreilles (mes meilleurs amis), ce qui n’est pas commun. Nous avons tenté d’aider Benjamin dans ses dilemmes. J’ai croisé Émilie à vélo. J’ai appuyé sur un bouton factice pour faire passer au vert le feu tricolore, puis je suis passé au rouge. J’ai fait le chemin du retour à pied, avec l’envie de pisser. Nous avons mangé au resto. Dans les toilettes de l’espace du resto, j’ai tendu mes mains pour faire couler l’eau, et j’ai déclenché le sèche-mains. J’ai fait une lessive de couleurs. J’ai préparé une fougasse. J’ai fait une lessive de blanc. Dans la soirée, mon acouphène de compagnie a disparu.
17 septembre
Je me suis levé dans la nuit pour faire le tour des fenêtres, alors que le grondement du tonnerre se faisait de plus plus menaçant, et fermer celles qui étaient restées ouvertes. Je me suis relevé pour rouvrir après le passage de l’orage, parce qu’il faisait trop chaud. J’ai plié le linge, fait les courses et la popote. Ma proposition de cinéma en famille a fait un flop. J’ai regardé l’arrivée progressive de l’orage : le ciel gris, le roulement du tonnerre, les éclairs, les brusques rafales de vent, la pluie, la grêle. Nous avons réfléchi en famille : le chagrin est-il pire que la peine ? les doutes pires que l’incertitude ? les tourments pires que la jalousie ? et que faire de la mélancolie ? J’ai lu Les Plaines, de Federico Falco. Je suis monté me coucher très tôt, épuisé de n’avoir rien fait.
18 septembre
Chérie et Benjamin partis, je pris mon vélo pour faire un tour. J’ai vu une piscine moulée grûtée par-dessus une voiture, j’ai vu un bateau que l’orage d’hier a couché dans le port. Je suis allé au bout de la piste et j’ai regardé l’inoffensif ballet des échassiers sur le platier. Je me suis senti apaisé. Je me suis arrêté regarder les sculptures, et ça ne m’a pas réconcilié avec la sculpture. (J’ai failli me retrouver piégé par le sculpteur, qui m’a demandé si j’aimais la pierre.) (Je me suis arrêté prendre un café, face à un paysage qui n’appelle que le silence, avec France Gall, Daniel Balavoine et Johnny Halliday en fond sonore.) (Et Indochine.) Dans le voisinage, ça échafaude, ça empaquète, ça pulvérise, je me suis isolé de ce chantier permanent. J’ai compilé mes vieux textes. Benjamin s’est plongé dans mes petits bouquins auto-édités.
19 septembre
J’ai pensé disposer d’un quart d’heure sur la plage, mais un cours de Benjamin a été annulé et Junior m’a appelé depuis Bratislava. J’ai entendu du slovaque au téléphone. J’ai pris un café avec Pierre et Yann. Je suis passé récupérer un livre à la librairie. Je suis passé saluer João et Pascal. On s’est tous promis de se voir bientôt. J’ai attendu à la gare et j’ai entendu un agent de sécurité dire « Colis suspect » dans son talkie-walkie, puis « C’est bon, c’est fini. » J’ai attendu dans le train et j’ai écouté l’étudiante assise devant moi répéter des mots en coréen et en chinois. J’ai espéré que l’on ait un peu de temps à passer ensemble avec ma chérie et finalement j’ai fait la vaisselle. Je suis allé au devant de Benjamin pour lui porter une parka, et je l’ai laissé filer avec sa copine en prétextant avoir à retrouver sa mère. J’ai mis du temps à trouver le sommeil.
20 septembre
Le café où je me suis arrêté lundi a été cambriolé le soir même, j’ai espéré ne pas faire partie des suspects. J’ai retrouvé Pier, Aurélia, Héloïse, Julia et mes autres petits camarades d’ateliers. J’ai reconnu quelqu’un qui m’a reconnu, mais à sa différence, je ne me suis pas souvenu de son nom. J’ai essayé de ne pas trop grignoter les gâteaux mis à notre disposition. Je n’ai saisi que des bribes de mots dans ce que m’a dit le premier étudiant venu à mon stand. Il parlait très vite et était tout excité. J’ai vu défiler d’autres étudiants et j’ai répété mon même petit laïus jusqu’à en avoir mal à la gorge. Attendre le train à la gare – un « non-temps » dans un « non-lieu » – m’a reposé. Je me suis quand même endormi dans le canapé.
21 septembre
J’ai fait trois fois le même trajet en voiture. (La pluie est entrée dans la maison et j’ai cherché la source de la fuite.) Peu d’étudiants ont été présents au premier atelier (moins que prévus) mais ceux qui étaient là étaient sympas. (Pour sauver la planète, on m’a privé de mon imprimante laser.) J’ai bien fait de finir plus tôt, le contournement de la ville par temps de pluie a été aussi galère que je l’avais envisagé. (J’ai consulté mes mails dans les embouteillages, et ma pile de boulot à faire avait grandi sans que je fasse rien.) Pour sauver la planète, on m’a créé un compte provisoire pour faire mes impressions d’atelier sur la grosse imprimante centralisée. (Il n’y avait personne pour ouvrir le portail du collège et il pleuvait à plein temps.) (J’ai réalisé dès le début de la réunion que l’on se reposait sur moi pour animer la réunion.) (J’ai senti en parlant que je m’étais écorché le coude.) Atelier plus réunion, ma voix a souffert, j’ai eu mal à la gorge.
22 septembre
J’ai été réveillé par des volets que l’orage proche faisait claquer mais, après avoir vérifié chaque pièce, ce n’était pas chez nous. J’ai écouté une émission de radio sur la géographie des nuages, puis j’ai bien travaillé, sans trop me disperser. J’ai fini le tajine. J’ai fait une courte sieste au soleil, puis j’ai à nouveau bien travaillé. J’ai attendu Cadette sur le mauvais quai.
23 septembre
Je suis entré par l’arrière du marché, j’ai fait mes achats en deux minutes chrono et je suis ressorti tout aussi subrepticement. J’ai cherché les règles de rédaction des cartels de musée. J’ai cuisiné un repas d’automne : potimarron, marrons, champignons. J’ai fait une fausse route, et senti un marron se coincer dans ma trachée. On a fait une visio familiale avec Junior depuis sa piaule slovaque. Les enfants et ma chérie m’ont offert des bouquins.
24 septembre
(On a fait nos comptes, et c’était bien rouge.) J’ai accompagné Cadette à la gare avec Benjamin. On a essayé d’aider Benjamin, qui y a mis un peu de mauvaise volonté, pour un travail en arts plastocs. J’ai mangé une gaufre. J’ai fait une gentille lettre aux impôts pour leur demander de nous faciliter la vie.
25 septembre
Je me suis levé au milieu de la nuit, j’ai bu un verre d’eau, puis une eau chaude avec du miel, et j’ai regardé le ciel étoilé depuis la terrasse. Les travaux dans la rue ont continué. J’ai écrit deux brèves et une newsletter. J’ai lancé une machine, vidé le lave-vaisselle, étendu la machine, préparé le repas. J’ai accompagné ma chérie à son travail. J’ai fait une courte sieste. Je suis allé à une réunion qui n’a servi à rien, et qui a émoussé un peu plus ma motivation à poursuivre le projet qui devait y être discuté. (Je n’ai pas réussi à me connecter au réseau de l’université, et donc pas à la grosse imprimante centralisée.) J’ai appris à envoyer une facture via une plateforme de dépôt en ligne (et je ne sais pas si j’arriverais à le refaire.) J’ai préparé une purée patates-carottes en écoutant Jean-Philippe Toussaint.
26 septembre
(J’ai été pris dans un gros ralentissement et je suis arrivé avec un quart d’heure de retard à la réunion.) J’ai regardé avec envie les grosses machines de l’imprimerie. J’ai avancé vite sur mon pensum délibératif mensuel. J’ai croisé les doigts pour que notre porte d’entrée ne soit pas fermée à clé, parce que je venais de laisser ma clé à Benjamin, qui avait oublié la sienne. J’ai laissé ma mère dévider un fil de parole pratiquement ininterrompu durant toute la durée du trajet. J’ai trouvé un sachet d’oursons à la guimauve au fond d’un sac, meilleure surprise de la journée. J’ai découvert avec intérêt les expérimentations d’écriture numérique de Joachim Sené. J’ai commencé à noter quelques idées pour l’expo au Muséum. J’ai été relativement épargné par les souhaits d’anniversaire, que je ne goute guère.
27 septembre
Je suis allé faire un tour à vélo, jusqu’à la réserve naturelle. J’ai croisé la voisine, sceptique devant le trou apparu dans le mur de son dressing. J’ai bouclé rapidement mon pensum délibératif mensuel. J’ai reçu des sous, et un courrier des impôts acceptant d’étaler un prélèvement. J’ai fait une sieste puis travaillé sur les articles du journal. J’ai fait du découpage avec Benjamin pour son projet d’arts plastiques : un collage représentant une vache prise dans les faisceaux de deux vaisseaux spatiaux. J’ai fait des frites. J’ai pris des notes.
28 septembre
J’ai vu un rayon de soleil percer la couche de nuage et colorer d’un coup le marais. Je me suis redressé sur ma selle pour que les gouttes aux extrémités des tamaris me tombent sur le crâne (et ça a marché.) J’ai rempli un plein carton d’objets éditoriaux divers pour l’atelier de l’après-midi. (Une étudiante de l’an dernier est passée spécialement pour me saluer et j’ai été infoutu de me rappeler de son prénom.) (La BU nous a accueillis dans une salle surchauffée.) (J’ai transpiré à grosses gouttes pendant au moins la première heure d’atelier.) L’atelier s’est bien passé, quelques projets ont déjà été proposés, mais je crains que le nombre d’étudiants inscrits soit un peu faible. J’ai été arrêté sur la route par Oscar le pôle-nordiste, désormais docteur en mathématiques. J’en ai profité pour lui demander s’il pouvait me rendre les bouquins que je lui avais prêtés il y a quelques mois. Sortir mes petits livres du carton m’a permis de les ranger sur les étagères. Ma belle-mère inquiète m’a appelé. J’ai commandé du bois, une première.
29 septembre
J’ai fermé les yeux pour n’entendre que le bruit de mon passage sur le platelage de bois. (J’ai failli me ramasser à vélo, parce que j’ai regardé un Saint-Bernard en train de dégueuler sur sa terrasse.) J’ai écouté d’une oreille indiscrète la bataille d’experts et d’avocats au sujet des travaux du voisin qui ont fait crever le chèvrefeuille d’un autre. J’ai testé l’option de traduction automatique des sites consultés proposée par mon navigateur internet et j’ai été surpris – et sans doute temporairement soulagé – de la piètre qualité des résultats. J’ai voulu acheter du Chasselas et le primeur était en vacances. J’ai voulu acheter un croissant et le pâtissier était en vacances. J’ai acheté ailleurs. J’ai interrompu une première fois la lecture du dernier chapitre de Poétiques du quotidien pour envoyer un SMS à Oscar le pôle-nordiste pour les livres prêtés, puis interrompu une seconde fois ma lecture pour écouter la Tentative de description des choses vues au carrefour Mabillon le 19 mai 1978 de Perec, puis interrompu l’écoute pour finir la lecture de Poétiques du quotidien, de Cécile Mahiou. Je n’ai pas travaillé cet après-midi. Je ne me suis pas souvenu du théorème de Pythagore.
30 septembre
J’ai entendu, au loin, La Vie en rose joué à la trompette. J’ai acheté deux livres à la couverture orange, mais dans deux nuances différentes. J’ai regardé passer un convoi de touristes en Segway (c’est drôle comme le Segway qui nous avait été vendu lors de son apparition comme le moyen de locomotion du futur des jeunes génies de la tech et des campus, s’est finalement imposé comme traîne-couillon.) Benjamin m’a soutenu qu’une de mes couvertures orange (celle des éditions Verdier) était jaune. J’ai craint que les voisins bruyants ne s’installent pour le week-end. J’ai lu Éden, d’Auđur Ava Ólafsdóttir. Finalement, les voisins bruyants sont repartis. Je suis allé me baigner avec ma chérie. Nous avons mangé des pizzas en famille, Benjamin se partageant entre nous et, en visio, ses amis américains.
