20 novembre
Je vais courir, après des mois d’arrêt. (c’est laborieux.) Je fais semblant de ne pas voir qu’on m’appelle. Je fais un peu de paperasse. Je vais une première fois à la supérette, pour chercher un déjeuner. Je fais une sieste. J’écris un peu. Je vais une deuxième fois à la supérette, pour le goûter. Je reçois des mails contrariants. Je retourne à la supérette, pour le dîner. La balance de la caisse automatique est hors-service. (J’abandonne mon sac de clémentines non-pesées pour ne pas refaire la queue.)
21 novembre
Je cours un peu plus longtemps, mais j’ai encore « une bonne marge de progression » avant de retrouver mon rythme de croisière. Sur le chemin de la course, il y a un oiseau mort, et je me demande si je vais le voir tous les jours. Je commande les affiches des premiers ateliers avec les étudiants. (J’ai fait valider un devis sans prendre en compte les frais d’expédition.) Je réponds à mon courrier. J’écris un peu. Je cherche à consulter un site pour l’anniversaire de Benjamin et je tombe sur un message qui m’informe que je suis sur liste d’attente et que je pourrai consulter le site dans 13 minutes. Bouchon sur les autoroutes de l’information. Je commande le dernier bouquin de Tony. Benjamin nous gratifie d’une brève reprise de No Surprises, de Radiohead, au ukulélé.
22 novembre
Ça caille et j’ai des courbatures, j’irai courir demain. (Je sonne en sortant du magasin.) Je fais des paquets cadeaux sur des boîtes biseautées. J’achète des pâtisseries et commande un gâteau pour samedi. Je boulotte les bonbecs de Benjamin. Je sombre dans une sieste bien trop longue. Je prépare un riz cantonais maison. Je n’ai rien fait de la journée, et rien eu envie de faire.
23 novembre
Je cours une demi-heure, mais je vais moins loin que d’habitude. Surtout, je me casse les jambes sur une portion complètement ensablée suite aux tempêtes. Je ressens furtivement cette impression de me « sentir droit » après avoir fait du sport, c’est agréable, et encourageant. Depuis deux jours, une araignée cherche un bon emplacement pour camper cet hiver : dans l’angle du plafond près du poêle avant-hier soir, puis dans l’angle du plafond à l’opposé du poêle hier soir, puis ce matin, au milieu du plafond. Je passe en boucle The Age of oddities, de Rutger Hoedmaekers, depuis quelques jours, et encore ce matin. Je garde un souvenir très vif des balances de Kira Kira sur The invention of the moon, à Reykjavík, auxquelles j’avais assistées de manière parfaitement impromptue.
Le soir même, le père de Jóhann Jóhannsson avait ouvert la soirée d’hommage à son fils par une interprétation de Cambridge, 1963 à l’orgue de Barbarie. Je retrouve les étudiants au Muséum. J’ai un étudiant de plus. On s’amuse avec les animations de l’expo, on teste les techniques de séduction des araignées et des lémuriens. On ne travaille pas trop.

Une installation propose une rencontre aléatoire par webcam interposée avec quelqu’un qui s’adresse à vous. On a beau se dire que c’est enregistré, c’est assez gênant. Je trouve une tablette dans sa housse dans les toilettes du Muséum. Je la rapporte à l’accueil. Les idées que je n’ai pas eues pendant la visite me viennent dans la voiture.
24 novembre
Sur le même trajet que la semaine dernière, je mets une demi-heure de moins, et je me retrouve à tourner dans le quartier en attendant l’heure de l’atelier. Je me trouve confus devant les élèves, mais l’atelier se passe bien. Je ne tarde pas à saisir les écrits des enfants, parce que je sens que ça va être long sinon. Je savoure de n’avoir rien à faire en début d’après-midi, en me plongeant éhontément dans une longue sieste, sous mon plaid islandais. On me propose de faire participer mes étudiants aux prochaines Nuits de la lecture. C’est sympathique mais on cumule les propositions de l’extérieur et on n’avance pas sur nos projets. Je réserve ma réponse. (La malédiction du « dernier-travail-à-demander-au-pigiste-avant-de-partir-en-week-end » est à l’heure au rendez-vous : je reçois à 17h17 le lourd mail de mon pensum délibératif mensuel.) Je décide de ne pas l’ouvrir avant lundi. Je me traîne à 110 sur l’autoroute. Je me gare sur un passage piéton et récupère Cadette à la gare.
25 novembre
Le gâteau commandé à la pâtisserie est prêt avant l’heure prévue, au moment où je passe chercher les croissants. Je m’emmitoufle dans le plaid islandais et termine la lecture de Le Musée de la baleine (que vous ne verrez jamais), de A. Kendra Greene, juste avant la tombée du jour. On regarde On dirait la planète Mars, de Denis Lafleur, et aussitôt après En terrains connus, du même. J’aurais vu le soleil se lever, et se coucher, à chaque fois dans un rose layette.
26 novembre
Je pars courir. (Ça reste assez laborieux.) J’ai peu écrit cette semaine. La lecture du billet hebdomadaire d’Anne Savelli me rassure : c’est vrai qu’on a le droit de ne pas écrire avec constance. (Après 23 ans de bons et loyaux services, mes chaussons portugais tombent en capilotade.) J’irai nu-pieds. Nous mangeons dans un petit restaurant du port, avec Cadette et Benjamin. Une télé dispense une image de feu de cheminée sur fond de baie paradisiaque. Le (faux) souffle du feu incommode les filles, je m’efforce de ne pas l’entendre. Nous parcourons un petit atelier de sculptures en plein air. Je raccompagne Cadette à la gare. Sur la route du retour, le ciel est rose. Il est déjà noir quand j’arrive. J’ai programmé mes notes pour qu’elles partent à l’heure du coucher du soleil mais ça ne fonctionne pas.
