27 novembre
Je passe la journée sur mon pensum délibératif mensuel. La pluie est de retour. (Qui dit flotte dit fuite : il faut ressortir les bassines.) (Louis me met une journaliste dans les pattes, et je n’ai vraiment pas envie de donner suite.) Il fait nuit quand je sors faire des courses, c’est ma première et ma seule sortie de la journée. C’est la pleine lune, ou pas loin. J’achète un Snicker à la supérette et je passe par la mer. C’est la saison où les chiens sont promenés sur la plage affublés de colliers fluorescents. Je lis Le Musée des contradictions, d’Antoine Wauters.
28 novembre
Je suis réveillé une petite heure au milieu de la nuit. (Le réveil n’en est que plus difficile.) Je cours, je peine encore un peu mais les bonnes sensations reviennent. J’apporte ma contribution au projet de financement participatif pour la collection Perec 53 des éditions L’œil ébloui. Je reçois le petit bouquin de Tony, avec des surprises dans l’enveloppe, dont une image Panini de panini. Je retrouve Sophie sur le front de mer. Le bar où nous nous sommes donnés rendez-vous est fermé. Nous discutons livres, écriture, édition, librairies, résidences face au soleil. Nous passons notre temps à enlever ou mettre parka et pull, au gré des passages des nuages. Sophie marque son nom dans chacun des deux livres qu’elle me prête. J’aperçois Denis sur la promenade mais je ne passe pas le saluer. (Le contournement du centre-ville devient de plus en plus labyrinthique.) Je dépose un présentoir à cartes postales, et fait un petit état du matériel disponible pour coller mon affiche XXL jeudi prochain. Je passe à la librairie récupérer une commande. Denis entre dans la librairie et cette fois, nous nous saluons et reconnaissons nous être mutuellement aperçus plus tôt, à l’autre bout de la ville. Sur la voie rapide, au retour, j’ai juste le temps d’apercevoir le reflet parfait des nuages au crépuscule dans la surface lisse des champs ennoyés, mais il n’est pas prudent de détourner le regard du trafic. Rhume ou allergie : je crépite.
29 novembre
Je regrette de n’avoir pris aucun appareil photo parce que l’aube, sur la plage, est d’une tonalité parfaite. Je cours 30 minutes, plus un petit rab jusqu’à la maison. Je tâtonne longtemps, mais je parviens à saisir et à envoyer deux factures via Chorus Pro, ce qui n’est pas un mince exploit. Ma plateforme de streaming sort ma playlist 2023. Par ordre alphabétique, les nominés sont : Albin de La Simone, Alec G. & Emily Yacina, Arborist, Balmorhea, Beirut, Ben Vida, Bertrand Belin, Bonnie « Prince » Billy, Dark Dark Dark, Dom La Nena, Eluvium, Emily Wells, En Attendant Ana, Fontaines D.C., Glen Hansard, Grian Chatten, Hania Rani, Jenny Hval, Lael Neale, Laura Cahen, Ludovico Einaudi, Mansfield. TYA, Meskerem Mees, Mitski, Rachel’s, Rone, Rutger Hoedemaekers, Sigur Rós, SUPERBRAVO, This is the Kit, Thom Yorke et Timber Timbre. Depuis plusieurs automnes, je commande un calendrier annuel à des graphistes caennais. On profite généralement de ces échanges saisonniers pour se raconter des bêtises, sans jamais s’être rencontrés. Cette année, ce sont eux qui me relancent, et ça me fait plaisir. Ma chérie nous fait des crêpes, que j’accompagne de confiture de châtaignes. Je ne lutte pas contre la sieste qui me tombe dessus. J’assiste à une réunion des acteurs culturels du coin. Je ne sais jamais vraiment comment me présenter dans un tour de table. Je dis « journaliste et écrivain », mais j’ai l’impression de mentir deux fois. Je prends la parole à plusieurs reprises. Je me force à faire un peu de public relations à la fin de la réunion, ce qui n’est pas ma pente naturelle. Thierry me glisse incidemment que je suis dans la short-list des candidats pour la résidence à Reykjavík. J’en suis content sur le coup, mais je me demande si je n’aurais pas préféré qu’il ne me dise rien.
30 novembre
Il me manque au moins une heure de sommeil. Je ne vais pas courir et somnole dans le canapé pour tenter d’émerger. Je prépare les épreuves pour les ateliers de cet après-midi. La factrice sonne pour me proposer ses calendriers. Elle dépose sur la table une pile épaisse de vues de chatons dans des corbeilles de fruits, ou de chevaux galopant dans des gerbes d’eau. Je prends le troisième de la pile, les vieilles affiches publicitaires. Je tape dans la tirelire de Benjamin. Nous préparons la colle avec les étudiants, tentons de faire tenir un scotch sur un mur humide, et nous lançons dans le collage de notre affiche XXL, avec plus ou moins de réussite : ça plie, ça bulle. On arrange les choses tant bien que mal à grands coups de brosse à maroufler. Un gars des services techniques de l’université regarde notre chantier d’un sale œil. Je me colle de la colle sur mon pull.

Je croise Louis, Simon, Annie. Entre deux ateliers, je n’ai pas le temps d’aller vider et nettoyer mon seau de colle, je le stocke dans un placard, en attendant de pouvoir m’en occuper. Le second atelier est long : il fait nuit, les étudiants écrivent des nouvelles, ils se passent très bien de moi, la fac est déserte. J’adresse une carte postale à quelqu’un que je connais pas. Je ne traîne pas dans le hall de la fac. Je fais faux bond à Louis mais je ne souhaite pas m’attarder à la réunion d’anciens. J’ai quitté l’université et la fac piteux et un peu amer, je n’ai rien à y célébrer, personne à y retrouver.
1er décembre
Je ne reproduis pas l’erreur d’hier, je ne cherche à pas à me rendormir après mon premier réveil, je me lève de bonne heure et j’ai l’impression d’avoir eu mon comptant de sommeil. Je cours 35 minutes. C’est jour de pesée. (J’ai perdu tout le bénéfice d’une année de courses.) Je réponds à mon courrier, plus abondant qu’à l’accoutumée. Je m’emmêle le curseur dans les boutons Volume et WI-FI et coupe la communication avec le collège de Benjamin. S’ensuit un inévitable cafouillis d’appels croisés, de sonneries occupées et de messages déposés. On demande à ChatGPT de nous raconter des blagues sur Marie Curie. C’est pas fameux (c’est pas « radieux » soulignerait Chat.) Je passe voir Émeline à son atelier de sérigraphie pour acheter une affiche. Elle est à la bourre. J’attends tout l’après-midi un coup de fil qui ne vient pas et je ne sais pas s’il faut donner un sens – un refus en l’occurrence – à ce silence. Je fais un feu. J’ouvre la porte de la pizzeria à une dame qui attendait devant que ça s’ouvre tout seul.
2 décembre
Je pense fermer les yeux un petit quart d’heure, et quand je les rouvre, deux heures ont passé. Je cours 34 minutes. Je prépare une salade d’endives, avec des cerneaux de noix, des raisins blonds, de la fourme d’Ambert coupée en petits cubes. Junior m’appelle de Budapest. J’essaie de suivre où il est sur Google maps. Je casse une des deux petites tasses dans laquelle nous aimons boire notre café. Je ne fais rien de l’après-midi, à part un feu. Ma chérie rentre avec un sachet de bonbons anglais.
3 décembre
Je cherche une alternative acceptable à ma course mais rien ne me convainc. Je cours 35 minutes. Emmanuel m’envoie l’enregistrement pirate de la lecture de Touché, de Pascale Monnier, que Mathieu Amalric a donnée à l’occasion des 40 ans de P.O.L. Repas léger, quelques huîtres et du fromage. (Et un éclair au chocolat.) Benjamin pleure de rire à dialoguer avec Chat GPT, à qui il demande de parler comme un adolescent (« Yo, frère ! »), puis comme Shakespeare, puis comme Marguerite Duras. Nous réfléchissons au repas du réveillon avec ma chérie. Cette année, il nous faut nourrir les commères de Noël. J’ai commencé un important travail sur moi pour rester dans les meilleures dispositions possibles pour ce grand moment festif, que j’attends chaque année avec impatience. Dans le poêle, les braises d’hier soir sont encore chaudes. En revenant de la supérette, je passe par le front de mer. Pendant quelques mètres, un labrador sans laisse marche à mes côtés et j’ai l’impression d’avoir un chien.
