8 avril
Je me réveille difficilement. Je travaille sur la mise en page du texte que nous allons transformer en livre cet après-midi. Je termine et envoie à l’enseignante, qui m’apprend qu’il manque des textes et des noms d’élèves, et qu’on verra cet après-midi. Autant dire que ça va être, à nouveau, une séance d’improvisation, puisque je ne sais pas si je pourrais imprimer une épreuve sur place, suffisamment bien calée pour que l’on fabrique nos petits bouquins au format A5. Je prends des contacts pour la newsletter à rédiger la semaine prochaine. Je pourrais m’endormir sur le parking de l’école. L’atelier ne se déroule pas trop mal, mais les saisies supplémentaires, les impressions sur une imprimante poussive et les illustrations, cela fait une séance bien trop longue pour les élèves. Toujours ce même hiatus, entre mes attentes et celles des enseignants : je me fiche un peu que les consignes ne soient pas parfaitement respectées, les enseignants, non. Ça me désole un peu. Un atelier est annulé jeudi prochain pour cause de « collège mort ». Je passe à la Maison des Écritures récupérer les bouquins de l’artiste que je dois rencontrer mercredi. J’entends un jeune homme demander si la Maison est en contact avec des maisons d’édition, ou si elle dispense des conseils pour se faire publier. Je repense au texte bricolé et envoyé la semaine dernière, ça répondrait à sa question. Il faut absolument que je trouve à le faire publier. Je trouve une carte d’identité dans la rue. Son propriétaire habite à côté. Je vais sonner à l’adresse qui figure sur la carte mais personne n’ouvre. Je glisse la carte dans une enveloppe, avec un petit mot, et je glisse le tout dans la boîte aux lettres de la mairie. Je cuisine des épinards aux champignons (ou des champignons aux épinards) et je regarde l’éclipse américaine sur le site de la NASA.
9 avril
Hier, j’ai découvert l’existence du « cosy crime ». Aujourd’hui, celle du « webnovel ». Un papier dans la boîte aux lettres nous informe que le quartier va être complètement cerné par une course à pied dimanche (un « ekiden »), et qu’il ne sera pas possible de sortir de la rue. On ne s’épargnera aucune forme d’agitation. Je travaille toute la matinée sur la mise en page d’un autre texte, pour un nouvel atelier. Ça commence à tirer. L’atelier tient cette fois sur le fil, il faut finir le travail d’édition avec les élèves, des textes sont manquants, on fait partir les mauvaises versions à l’impression… mais on retombe encore une fois sur nos pattes. Une instit’ vient me voir, elle est sous l’eau, on reporte l’atelier de vendredi. J’oublie mon agrafeuse long bras à l’école. Je m’insère dans trois quarts d’heure de ralentissements. Nouvelle alerte pollens : il faut désormais craindre les fétuques.
10 avril
Je fais 20 minutes de route pour une interview et je suis devant la porte quand on m’appelle pour me dire que, l’interviewé étant patraque, on va annuler l’interview. Je demande au moins qu’on m’ouvre la porte pour rendre les bouquins. Finalement, c’est ok. Je ne résiste pas à une petite sieste, dont je suis tiré par l’entrée fracassante de Benjamin et de ses amies. J’appelle ma mère. Nous commandons des pizzas.
11 avril
Je nettoie le bac à douche, l’évier et les plaques de la cuisine, je lance une machine de blanc. Je me propose pour participer à un groupe-test sur les mobilités, alors que je déteste ce genre de truc. Je vais laisser courir, on verra bien si le « cabinet de conseil » va me rappeler. D’un article à l’autre, j’apprends des choses passionnantes sur la thermographie aérienne, et les serviettes hygiéniques lavables. Je cherche des pansements pour la copine de Benjamin qui est tombée en trottinette. J’accompagne Benjamin au spectacle. C’est la même compagnie que la semaine dernière et je trouve ça toujours aussi braillard. Je suis assis juste derrière un type qui ajoute systématiquement un commentaire comique pour amuser ses amis, c’est insupportable.
12 avril
Je marche sur la plage. Je me sens un peu flottant, je ne sais pas si c’est le fait d’être entre deux vagues de boulot, avant de réaliser que, plus probablement, je suis en train de couver un truc. J’ai mal à la gorge, je me sens fatigué.

Je vais chercher Benjamin à la gare. Je tombe de sommeil et m’endors profondément une heure. Cadette est de retour pour les vacances. Tous les glaciers de la ville sont fermés. Au moment de me coucher, je sens que la crève est en train de me tomber dessus : gorge douloureuse, frissons, coton dans la tête. Un Doliprane et au lit.
13 avril
Je pense que j’ai dormi. En revanche, je me lève plein de courbatures, j’ai l’impression d’avoir deux fois mon âge. Doliprane, pour un léger mieux. J’accompagne Benjamin à son atelier et me rend dans le centre-ville à pied, en espérant qu’un peu de marche décongestionne toute ma tuyauterie. Je suis un peu trop couvert, ça me fait surtout transpirer. Dans la librairie, j’ai le regard hagard, j’ai bien noté un ou deux titres mais la librairie ne les a pas, je suis bien tenté par un ou deux autres mais j’ai déjà une belle pile de livres à lire. Les libraires sont submergés par des clients qui viennent acheter le livre d’une jeune femme (« la meilleure pâtissière du monde » ou quelque chose comme ça) qui dédicace dans la rue voisine. Apparemment, ils vont être à court de stock et il n’est que 11 heures. Je finis la lecture de Vu d’un cercle, de Michel Jullien, une pâtisserie fine mais trop copieuse. Je dors deux heures, pas une sieste légère, un sommeil profond. J’entame Vivarium de Tanguy Viel mais je ne rentre pas dans l’ouvrage, je suis trop cotonneux. Pour l’instant je ne lis que des considérations égotistes, un peu sentencieuses, sur la littérature. Il faudra que je réessaye plus tard. Nous regardons en famille (deuxième ou peut-être même troisième visionnage pour ma part) Truman Capote, de Bennett Miller. Je cherche De sang-froid dans les bibliothèques de la maison pour Cadette, et je ne parviens pas à le trouver. Cela devient de plus en plus fréquent. Mon classement par image mentale (« il doit être par là ») atteint ses limites, les livres ont une vie autonome, ils se déplacent au gré de nos rangements et déplacements, sans que l’on se rende compte.
14 avril
Lu ce matin dans ma revue de web, sur le blog d’Anne Savelli :
pourquoi dans l’épuisement dont je parlais plus tôt, la seule chose que j’arrive à faire, c’est écrire ce semainier ?
On entend au loin le speaker de l’ekiden qui nous encercle toute la matinée. La rue est bouchée à ses deux extrémités. Je passe l’après-midi cotonneux, fatigué. J’essaie de lire, je n’y arrive pas, j’essaie d’écrire, je n’y arrive pas, j’essaie de dormir, je n’y arrive pas. Cuisiner, ça marche.
