13 mai
Je reçois le Matricule des anges. Je croise Mariane à vélo. Des étudiants m’interviewent pour un projet qu’ils ont à rendre. Dans ce genre d’exercice, j’ai toujours l’impression de me perdre dans mes explications, d’en dire plus, et de façon plus compliquée, que ce que l’on attend vraiment. Nos propositions d’ateliers pour l’année prochaine à l’université ne sont finalement pas retenues. Je ne sais vraiment pas si j’en suis déçu ou soulagé. Ça n’arrangera pas nos finances, mais ça va me dégager un peu de temps, qu’il serait bon que je mette à d’autres profits. Je cuisine des poivrons sauce aigre-douce avec du riz. Le court-métrage Wave, de Benjamin Cleary et T.J. O’Grady-Peyton, et son personnage qui est seul à parler sa langue, me fait évidemment penser au roman Epépé, de Ferenc Karinthy. J’écoute Rock’n’roll suicide, de Bowie à fond au casque et ma chérie s’inquiète du volume sonore.
14 mai
Comme je ne suis pas vraiment à la bourre, je m’octroie ma matinée. J’en profite pour ne rien faire de notable. Je passe l’après-midi sur mon pensum délibératif mensuel, et ma soirée à découper des bonhommes dans du carton.
15 mai
Je prends le train pour aller chercher un bouquin arrivé à la librairie. J’en profite pour passer voir João, qui se désespère à l’idée des corrections qui l’attendent. Ses étudiants – bacheliers – ne sont visiblement pas meilleurs que mes élèves de 6e (une étudiante trouve le moyen d’écrire « le monsieur responsable de nous », nous écarquillons les yeux). Je quitte João au moment où une averse débute. J’arrive mouillé à la gare. Sur le quai, j’essaye de protéger mes livres de la pluie, quand une femme en face de moi se protège la tête avec les siens. Je trouve une carte postale dans le livre de Simon Allonneau, Je suis fort dans un domaine qui n’existe pas. Je reçois Dissonances, et un SMS m’avertit que l’Atlas des Régions Naturelles que j’ai commandé est arrivé. Lui aussi contient une photo cachée dans la couverture.

16 mai
Souvent ma journée de travail débute à la réception d’un premier mail. Ce matin, ma boîte reste parfaitement vide, et en l’absence d’échéance urgente, j’ai un peu de mal à me mettre au travail. Je commence Avoir et se faire avoir de Eula Bliss
Je crains d’avouer, y compris à moi-même, que je n’ai pas envie de travailler. Mais après un verre de vin j’en fais la confessions à Vojislav. Il hausse les épaules, bien sûr que je veux démissionner, lui aussi le voudrait. J’aurais toujours beaucoup de travail, dis-je, même sans emploi. Écrire, faire des recherches, m’occuper d’une maison, d’un jardin, d’un enfant, ce serait encore du travail. En fait, mon travail interfère avec mon travail et je souhaiterais travailler moins pour avoir plus de temps à consacrer au travail. Il me faut un autre mot.
Dans notre petite ville, nous croisons très souvent un « petit monsieur qui marche », il est difficile de le désigner autrement. On ne voit que sa tête dissimulée sous une capuche, il est toujours très couvert, il marche à tout moment de l’année et il nous arrive de le croiser en tous lieux de la commune. Je le croise ce matin prés du camping. Je me rends dans la grande grande surface et je prends les trois dernières boîtes de café. Dans la « bibliothèque participative » de la galerie marchande de la grande surface, je trouve Virginie Q., le roman parodique de Marguerite Duraille/Patrick Rambaud. Je regarde souvent les livres déposés dans les boîtes à livres. C’est le plus souvent très décevant, mais il se trouve toujours au moins un livre qui sort du lot. À chaque fois que je traverse la zone commerciale en voiture, j’ai l’impression de me plonger dans un état de vigilance particulier, comme si j’arrivais en pays étranger. Je remarque les enseignes, les slogans, les gens sur le parking qui entrent dans un entrepôt où l’on vend des canapés. Je contacte par mail une femme dont je dois faire le portrait pour un article. Je me rends sur le site de son entreprise, où figure déjà toutes les infos nécessaires et suffisantes pour rédiger l’article. En attendant qu’elle me recontacte, je rédige l’article. Je ferai semblant d’écouter si elle m’appelle.
17 mai
Je suis seul à la maison pour la journée. J’avance sur la préparation d’un atelier au collège pour la fin de semaine prochaine. Après deux bonnes heures à me féliciter de mes bonnes idées, je réalise que ce sera évidemment bien trop compliqué pour les élèves. Ce blog connaît un pic d’activité. Sans l’avoir vraiment réfléchi, juste parce que j’ai un peu de temps devant moi, je propose un article pour Scriptopolis. L’Urssaff me propose de suivre un webinaire. Je lis que le livre Scriptopolis est épuisé, ce qui me contrarie un peu, j’ai eu mille fois l’envie et l’opportunité de le commander et je ne l’ai jamais fait. J’entends un oiseau qui pépie dans le conduit du poêle, j’ai peur qu’il n’y soit tombé. L’expérience nous a montré qu’ils n’en sortent pas. Après vérification depuis une fenêtre de l’étage, je vois qu’il est simplement posé sur le bord de la cheminée, et que c’est son chant qui résonne dans le tube.
18 mai
Je saigne sous l’ongle du pouce et je ne sais pas pourquoi. Le voyant d’huile de la voiture clignote de plus en plus fréquemment. Deux libraires se mettent en quatre pour trouver un livre qui apparaît dans leur catalogue, mais pas sur leurs rayonnages. Je ne suis pas absolument certain de l’acheter, je voudrais surtout le parcourir, mais vu leurs efforts, je commence à me dire que je ne pourrai décemment pas leur dire que je ne le prends pas. De toutes façons, ils ne le trouvent pas, ils en sont désolés. Je lis Je suis fort dans un domaine qui n’existe pas, de Simon Allonneau. Je finis Avoir et se faire avoir de Eula Biss. Je cherche quelques renseignements sur l’auteure et mon moteur de recherche me propose de recourir à l’intelligence artificielle pour obtenir une réponse plus pertinente à ma requête. Le résultat est très peu convaincant. Je décline l’installation par défaut de cette fonctionnalité.
19 mai
Je me réveille en ayant mal au dos. Je cherche quels exercices il faut faire pour me soulager. Je vais surtout marcher près de trois heures avec ma chérie. Nous mangeons dehors. Je lis Triste tigre, de Neige Sinno. Je n’ai plus mal au dos en me couchant.
