24 juin
Une puce me pique à la malléole.
J’ai ce matin juste ce qu’il faut de boulot pour m’occuper un peu.
Je lance une lessive. Je détartre la machine à café.
L’enveloppe envoyée par ma mère pour Junior atterrit dans notre boite aux lettres, onze jours après avoir été expédiée à moins que 15 kilomètres d’ici.
Je travaille sur mon texte, une bonne partie de l’après-midi. Le moment de doute, souvent fatal, n’est pas encore arrivé, j’en profite.
Je prépare une salade de patates et cœur d’artichauts.
Je m’apprête à aller me coucher, quand Junior m’appelle pour une lettre de motivation à relire ensemble. Je mobilise mes derniers neurones.
Je suis attaqué par les pollens au coucher. Debout sur le lit, j’intercepte et neutralise un moustique en plein vol.
25 juin
Rien de très notable, un peu de travail le matin, et d’écriture personnelle dans l’après-midi.
Je nettoie le patio, le bac bleu que l’on doit rendre, je range quelques bouquins qui traînaient depuis longtemps dans le salon, je fais une lessive de blanc.
La chaleur, et probablement les antihistaminiques m’assomment en début d’après-midi.
J’achète une pizza toute faite – une pizza à la flemme, dixit Benjamin.
Je sombre en soirée. Nouvelle attaque de pollens au moment de me coucher.
26 juin
Benjamin m’informe qu’il n’y a plus d’eau à l’étage. Fausse alerte, c’est juste un peu d’air dans le circuit.
Deux enquêteurs-livreurs de poubelles doivent passer en fin de matinée, mais sans horaire précis. Ils m’appellent vers 13h pour me dire qu’ils ne peuvent pas venir.
Je vais chercher le camion de location. Je n’aime pas ça.
27 juin
Nous partons tôt, avec Cadette, pour déménager Junior. Malgré cela, nous arrivons à Nantes dans les encombrements de la matinée. Sur l’autoroute, un camion avait perdu une baie vitrée. Le déménagement est rapide et le camion est plus rempli que prévu. Au retour, on dispatche les meubles dans la maison et je rends le camion, allégé. Je n’ai pas de cadenas pour attacher mon vélo.

Je rentre avec mon lui dans la grande grande surface pour récupérer mon chèque de caution. Une femme me fait remarquer qu’elle était là avant moi, mais non, moi je suis en main avec la loueuse, tu vas attendre encore un peu ton tour. Je rentre à la maison à vélo. On joue à Tétris dans la maison, on répartit les meubles dans les chambres, on cache des lits démontés sous le canapé. Je fais encore un aller-retour express en ville, le temps pour Junior d’aller signer son contrat, et pour moi, d’un passage à la librairie.
Plus d’internet.
28 juin
Les journées vont devenir plus denses. J’expédie assez tôt la quatrième et dernière newsletter pour le festival, je rédige en maugréant une lettre de motivation pour Junior, que je sens un peu en peine cette fin d’année, et je fais rentrer une dernière série d’articles brefs avant de sauter dans la voiture.
Je récupère Emmanuel « sur le parvis, entre le piano et le portique », j’ai l’impression d’illustrer la lettre « p » pour Larousse. Alexandre Tharaud accueille les voyageurs et cinéphiles en interprétant trois courtes pièces au piano. Nous filons récupérer les pass pour le festival du film. Entre mauvaise connexion et erreur de saisie de l’adresse mail de la billetterie du festival, je m’y reprends à cinq ou six fois pour obtenir le sésame de Cadette, mais j’y parviens. Nous saluons Arnaud, codirecteur de l’événement, qui ne cache même pas son étonnement à l’idée que je puisse être « l’ami rochelais » dont Emmanuel lui avait parlé. Nous déjeunons de pizzas, en regardant défiler des jeunes filles traînant un déguisement de Casimir, probablement pour un enterrement de vie de jeune fille, une des sept plaies de cette ville. Emmanuel me fait remarquer que c’est une matière intéressante pour ce journal. Dont acte.
Nous tentons une incursion express dans une solderie où j’avais repéré une série d’anciens catalogues du festival. Sur le chemin, Emmanuel évoque une série dont il ne se rappelle pratiquement rien, sinon qu’un des deux protagonistes est un robot humanoïde. En réalité, il ne se souvient même que d’une seule scène, dans laquelle ce personnage déclare avoir fini de lire un épais rapport, en l’ayant simplement feuilleté. Je me souviens précisément de cette même scène, et uniquement de celle-ci, mais sans rien me rappeler d’autre non plus de la série. Les catalogues du festival ne sont plus dans la solderie, nous rentrons bredouilles.
La maison se remplit : Cadette accueille une amie pour quelques jours de marathon cinématographique. Mon travail d’intendance pour nos hôtes débute ce soir : courses, cuisine, tarte, tarte, apéro. Emmanuel joue au père Noël et nous offre des livres à chacun. Après le repas, nous allons tous nous baigner, face au soleil couchant, et avec d’authentiques joueurs de cor suisse en fond sonore. En revanche, je ne suis pas la petite troupe dans son immersion dans la fête de village. La maison est bien pleine, il reste encore une ou deux places et nous nous endormons dans le canapé avec ma chérie.
29 juin
Je suis réveillé vers 5h par le grondement du tonnerre, je me lève pour rentrer toutes les serviettes et maillots mis à sécher sur la terrasse. Les stands et les décors de la fête de village font grise mine sous la pluie.
La maisonnée se réveille pour un petit-déjeuner collectif. J’embarque les cinéphiles pour leurs projections de la journée, et Benjamin pour son dernier atelier d’anglais. Je vais acheter des caramels pour sa jeune prof adorée, et un sachet d’oursons à la guimauve se glisse subrepticement dans mon sac. Je file lire dans un café proche et je m’applique à trancher la tête des petits ursidés et à décoller leur fine peau de chocolat avec la langue. La pluie recommence à tomber.
Nous sommes au ralenti dans l’après-midi. Je lis quelques pages dans plusieurs livres, sans me décider à entrer vraiment dans la lecture d’un seul. Sieste.
Je prépare un curry-coco-pois chiche qui nourrira son monde ce soir ou demain, chaud ou froid. Je reste à la maison avec Benjamin, tout le monde s’est retrouvé pour un visionnage collectif de Paris-Texas sur grand écran.
30 juin
Les moustiques se sont tenus à carreau cette nuit et il faut bien un réveil pour me tirer de mon sommeil. Nous sommes parmi les premiers votants avec Cadette, qui enchaîne dans la foulée une deuxième journée de cinéma intensif.
Je lis dans la presse locale, à propos de la fête du village que « la grande parade de nuit [s’est] déroulé[e] sous un soleil radieux », puis, un peu plus tard, qu’un nouveau pâtissier qui s’installe sur notre côte atlantique a « le souci des circuits courts, à l’image du dessert signature : « un entremets tout à la vanille de Tahiti ». »
Alors que je lis cette phrase dans la note de journal d’Anne Savely :
Le livre que j’écris est, entre autres, l’histoire d’une petite fille qui traverse une ville en courant pour échapper au bruit, ce bruit qui l’empêche de dormir, de penser et d’apprendre.
je dois fermer la porte-fenêtre pour atténuer le boum-boum d’une horrible soupe disco-techno vocodée émanant de la fête du village, qui se poursuit à deux rues de chez nous. Je réalise que les textes sur lesquels je travaille en ce moment tournent tous autour de cette question de fuir le bruit. En pointant mon nez dans la rue pour essayer d’identifier l’origine de ce bazar, je me demande si ça ne vient pas plutôt des résidents secondaires d’en face. Je ne sais pas.
