Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Juillet, semaine 27 – Pensum, paupières, parapente

1er juillet
Dans ma revue de web du matin, je suis évidemment arrêté par cette phrase de Guy Benett :

Le seul endroit où [mon esprit] arrive à trouver du réconfort est dans un livre et, par chance, j’en suis entouré.

Vu l’actualité politique contrariante, et préoccupante, je consacre un peu plus de temps qu’à l’accoutumée à la lecture de la presse.

Je vide et lave au jet notre bac jaune, dans l’anticipation de l’échange qui doit se faire demain. Mais un appel m’informe que ce rendez-vous est une nouvelle fois repoussé.

Je reçois le programme de mon pensum délibératif mensuel, particulièrement chargé, et particulièrement ennuyeux. Parmi tous les travaux alimentaires que je me dois d’accepter, j’ai une tendresse particulière pour ce pensum. Peut-être parce qu’il peut s’envisager, pour peu que je sois bien disposé, comme un exercice d’écriture, demandant esprit de synthèse, rigueur et précision des termes. Peut-être aussi parce que, à la différence de la plupart des autres travaux, il ne s’agit pas d’un écrit à destination du « grand public » et qu’il ne fait pas appel aux mêmes ressorts discursifs putassiers. J’ai toutefois du mal à  m’y mettre.

Je sombre dans une sieste, dont je suis tiré par ma chérie. Je me remets à mon pensum.

Emmanuel, Cadette et son amie Bethsabée – l’équipe cinéphilique – reviennent de leur journée de festival. Nous discutions cinéma, et tentons une incursion sur la plage mais il y fait trop froid pour que ce soit agréable. Nous regardons quelques pastilles de Blow up sur Arte, en buvant du vin blanc.

2 juillet
Je finis mon pensum délibératif mensuel en fin de matinée. Je suis fatigué, je pars dans une sieste. Nous faisons une promenade en front de mer. Le ciel est joliment tourmenté.

Je veille un peu pour aller chercher Cadette à la fin de sa dernière projection.

3 juillet
Je porte sur mes paupières, mes épaules et mes jambes un lourd fardeau de fatigue. Je ne suis bon à rien de toute la journée. Je fais deux siestes, en début et en milieu d’après-midi, entrecoupées d’un peu de lecture. Mais j’ai du mal à me concentrer sur ce que je lis. Je n’ai pas de « lecture en cours » en ce moment, je ne fais que piocher dans les livres qui traînent, le Journal de Jean-René Huguenin, le Dictionnaire amoureux de la traduction de Josée Kamoun, et quelques autres.

4 juillet
J’accompagne Junior à la gare, et Cadette au festival. Je tombe par hasard sur le lanternon de la gare qui vient d’être déposé pour rénovation. Je parviens à cadrer le lanternon et, en arrière-plan, le toit amputé de son lanternon.

Le gars pour le changement de bacs m’appelle pour me dire qu’il ne peut pas passer dans notre rue avec son camion et propose de reporter une troisième fois le rendez-vous. Je râle un peu et on finit par se retrouver au bout de la rue.

J’écris, je lis, je suis un peu moins fatigué que les jours précédents.

Je me demande qui fait aussi généreusement entendre sa musique de merde dans la rue, mais je réalise que la ville commence ce jeudi sa série d’apéros estivaux, avec des groupes amateurs.

Je fais un aller-retour tardif pour récupérer Emmanuel et Cadette, qui enchaînent les projections.

5 juillet
Je me lève de très bonne heure pour aller à Nantes aider au déménagement de la copine de Junior.

Je traverse les marais, sur lesquels flotte un mince rideau de brume, c’est très apaisant. Dans le ciel, j’aperçois une sorte d’éclat irisé, pas vraiment un arc-en-ciel, puisqu’il ne pleut pas, plutôt un phénomène dû au lever du jour. Et un peu plus tard, en roulant sur l’autoroute, je distingue un parapente.

Je ne suis présent au déménagement que pour prêter mes bras, je n’organise rien et je prends constamment sur moi tant tout me semble aller lentement. Le matelas roulé et sanglé, le seul élément de mobilier que nous ayons à rapporter, entre tout juste dans ma toute petite voiture. Je fais ressortir les coins par les fenêtres arrière ouvertes et c’est ainsi que nous effectuons le trajet retour.

Sieste pour Junior et moi, nous sommes rincés, Junior plus que moi encore.

Il me faut encore accompagner Benjamin à un spectacle de rue en fin d’après-midi. Il veut absolument assister à la représentation d’une compagnie et, sur place, ce n’est pas la compagnie attendue qui se produit. Nous traînons d’un stand à l’autre sur le lieu du festival, sans tomber sur la marionnettiste que cherche Benjamin. Il fait la gueule. Pour aujourd’hui, j’atteins la limite de mon dévouement paternel, probablement abaissé du fait de la fatigue accumulée ces jours. Je décide la levée du camp. Benjamin boude. Je redoute d’avoir encore à préparer le repas, et d’avoir à récupérer Cadette à l’issue de ses séances. Finalement, nous commandons des pizzas, et c’est ma chérie qui veille pour faire un aller-retour.

6 juillet
Dans ma revue de web du matin, je suis évidemment arrêté par les mots de Guillaume Vissac :

Moi non plus je ne comprends pas. Pourquoi on veut me voir. Pourquoi on cherche à m’inviter où que ce soit, faire quoi que ce soit. En fait, je ne comprends pas pourquoi on me parle. L’intérêt qu’on peut y trouver. Vraiment, je cherche, je cherche, j’essaye de comprendre, depuis mais des années, et je n’y arrive pas. C’est un grand mystère.

La maison se vide à toute vitesse : les cinéphiles filent au cinéma et Junior, travailleur saisonnier, à la piscine.

Je fais une courte liste de projets à proposer à la Maison des Écritures et je passe la matinée à réaliser des petits fascicules à partir des portraits des résidents que je rédige chaque mois.

Sieste, lecture.

Emmanuel orchestre le repas du soir, une très bonne salade roquette avocat pamplemousse fêta. Nous allons nous promener sur la plage, le vent est froid, nous ne tardons pas à faire demi-tour.

7 juillet
J’inaugure et achève ma participation au festival du film en une seule et même séance, Tootsie. Nous déjeunons dans un resto de nouilles asiatiques. Nous nous promenons vers le port de plaisance avec Emmanuel, avant de nous orienter vers la gare. J’envoie à 20h01 une capture d’écran des résultats du second tour des élections législatives à ma chérie et à Cadette, qui poursuivent leur parcours cinéphilique.