16 septembre
Je cours 34 minutes.
Matinée de travail. Je n’y crois plus. J’envoie des mails pour des articles barbants. Je reçois en retour des propositions de boulots encore plus barbantes, comme interviewer des commerçants pour rédiger des posts facebook. Misère.
Je mets à jour mon curriculum pour qu’un collègue le transmette au service comm d’une collectivité. J’envoie une facture pour une newsletter.
Maintenant que tous les contacts sont pris, tous les hameçons à l’eau, il faut attendre que ça morde. C’est long et pas très motivant. Quel ennui le travail.
17 septembre
Il y a beaucoup de livres que j’ai mal lus. Que j’ai survolés plutôt que lus. Parfois, au détour d’une note de blog, je redécouvre la lecture beaucoup plus attentive qu’en a faite un autre lecteur, qui met en avant de beaux extraits sur lesquels j’étais manifestement trop vite passé. Par exemple, Karl, dans les Carnets Web de La Grange, qui lit et cite Encabanée, de Gabrielle Filteau-Chiba, ici, ici ou là. Par chance, le livre est encore le plus souvent dans ma bibliothèque, je n’ai qu’à le ressortir et à l’ajouter à la pile de livres à livre. Ça me donne envie de relire lentement.
Je passe la matinée à découvrir des travaux de recherche sur les « arts littéraires » et je trouve cela très stimulant.
Une plante vivace avait poussée sur le trottoir et sa tige s’était frayée un chemin le long de notre portail et de notre boîte aux lettres, ça commençait à être joli. Las, elle n’a pas résisté cet après-midi à l’assaut de la Brigade verte, qui a reçu pour consigne municipale d’éradiquer toutes les mauvaises herbes qui poussent sur le domaine public. On a déjà perdu des roses trémières ainsi. Il suffirait que les graines s’enracinent dix centimètres plus en retrait du trottoir, en contact direct avec notre maison, pour qu’elles échappent peut-être à la raclette fatale.
Je prépare une soupe courge-coco, pas mal.
18 septembre
La cuisine embaume le basilic.
Je cours 30 minutes, avec une petite partie sur le sable, et des petites douleurs aux articulations. Au port, c’est le rendez-vous des pêcheurs à pied, j’en croise au moins deux douzaines.
Ça y est, tout le monde répond aux mails envoyés lundi, ça se remplit à toute vitesse.
Je me plonge dans des histoires de notation scientifique et de puissances négatives pour tenter d’aider Benjamin. Mais l’aire mathématique de mon cerveau est un peu en friche, et Benjamin se débrouille aussi bien sans moi.
Je relis lentement Bartelby et compagnie d’Enrique Vila-Matas. Je m’arrête presque à chaque phrase. Je flâne plutôt que j’avance.
19 septembre
Je n’ai même pas fini mon premier mug de café qu’Édouard m’informe qu’il est prêt pour un appel en visio sur WhatsApp depuis la Bulgarie. Je suis encore un peu embrumé, mais j’installe WhatsApp en vitesse, en veillant à ne pas lui donner toutes les clés de mon téléphone et j’appelle Sofia, pas complètement réveillé, et en caleçon dans mon salon. On ne s’entend pas, je ne suis pas doué avec ces trucs et je ne fais pas d’effort. La visio se transforme en appel. Sitôt l’entretien terminée, je désinstalle WhatsApp. C’est une résistance dérisoire, mais je m’obstine à ne pas vouloir répondre aux injonctions de l’hyperconnexion contemporaine. Je sais bien que cela me complique parfois les choses, mais mes journées se passent plus tranquillement quand je ne reçois pas de notification parce que quelqu’un, quelque part, a déplacé un peu d’air.
Une autre tribu d’usagers du littoral, après les pêcheurs à pied, sont les marcheurs nordiques. Ceux qui me doublent sur la plage prennent la chose très au sérieux. L’un des marcheurs semble être « le coach » et abonde ses coreligionnaires de conseils d’efficacité : les mains doivent dépasser l’arrière des hanches, on relève les épaules, etc. Le groupe ne va même pas jusqu’au bout de la plage, il fait demi-tour sur le petit segment qu’il vient de parcourir. Mes promenades hebdomadaires n’ont sans doute pas plus de sens, mais au moins, je ne les assortis pas d’un adjudant-chef.
Je n’essaie pas d’entretenir la conversation avec la coiffeuse.
Nous allons marcher sur la plage avec Junior. Nous visions un café du bout de la plage mais en y arrivant, une odeur très désagréable embaumait l’air ambiant.
Nous allons tenter un bain avec ma chérie. L’eau est froide. J’arrive quand même à m’y plonger jusqu’aux épaules mais je ne m’attarde pas. Est-ce le dernier bain de l’année ?
20 septembre
J’entre dans un EPHAD, pour interviewer une animatrice. J’essaie de faire abstraction de la petite vieille dans un coin qui marmonne pour elle-même. Les résidents sont disposés en arc de cercle devant un écran géant qui s’apprête à leur montrer un documentaire animalier. L’animatrice leur explique ce qu’il vont voir.
Je passe à la libraire et ça se transforme vite en salon littéraire improvisé. Nous parlons d’un bouquin avec l’ami libraire, qui se trouve être le livre que cherche la personne derrière moi, qui se trouve être une amie de ma sœur, et tandis que l’ami libraire oriente cette amie, je croise dans l’allée une autre cliente qui écoutait notre échange, qui se trouve être une connaissance, qui m’entreprend sur mes lectures, mon travail, les ateliers d’écriture. Toute cette effervescence, c’est déjà presque trop pour moi.
J’ai un peu de temps à perdre en ville avant un second rendez-vous, mais je dois bien constater que je n’y ai plus vraiment mes repères. Je ne sais pas où me restaurer, où sont désormais les bons endroits. Même pour un café, je n’arrive pas à choisir.
21 septembre
Je cours 32 minutes. Dans la boîte aux lettres, au retour, un paquet de L’œil ébloui. Ce sont les trois nouveaux titres de la collection Perec 53. C’est une bonne surprise. Ma souscription à cette collection était mon cadeau de Noël 2023. Je peux donc dire que j’ouvre mon dernier cadeau de Noël le dernier jour de l’été, l’idée me plaît.
Il se met à pleuvoir. Ce sont de parfaites conditions pour passer l’après-midi à lire. Je lis Constellucination, de Louise Bentkowski, partiellement à voix haute dans le salon.
Je lis Cent vingt et un jours, de Michèle Audin
22 septembre
C’est l’automne et le temps est automnal, les choses sont bien faites.
Quand la pluie tombe avec trop d’insistance, je tends toujours l’oreille pour entendre si ça ne goutte pas dans un passage de la maison, comme cela arrive parfois sous certaines conditions d’intensité de l’averse et d’orientation du vent. Mais ce n’est pas le cas ce matin.
Une photo du Monde montre ceux qui sont pressentis pour participer au nouveau gouvernement. À l’exception d’une unique femme, il n’y a que des hommes encravatés en costume sombre, contents d’eux-mêmes. On dirait une armée de mormons. Le portrait de Rachida Dati esquisse au moins un sourire :

Cette « Inspectation générale des affaires culturelles » me fait penser au tampon qu’avait fait le Tampographe :

Je vais faire un tour sur la plage et m’assois à même le sable devant les kite-surfs. Je regarde les débutants en foil qui galèrent, ça ne donne pas trop envie. Je me relève avec le cul mouillé.
Je casse un verre en cherchant un adaptateur pour prise électrique pour Junior, qui part demain pour l’Écosse.
