23 septembre
Je cours 33 minutes et je rentre juste avant les premières gouttes.
J’accompagne Junior à l’aéroport. Nous nous arrêtons dans une grande surface de bricolage pour acheter un adaptateur de prises électriques pour le Royaume-Uni. Le café à l’aéroport est servi dans un gobelet en carton et coûte 2 € 20. Au retour, je passe au contrôle technique pour prendre un rendez-vous pour la voiture.
Je rédige laborieusement une newsletter.
Je m’amuse à suivre le vol de Junior sur un site dédié à cette fantaisie.
24 septembre
Je rencontre Sabrina à la Maison des Écritures. Elle propose que nous fassions l’interview dans deux gros fauteuils hors d’âge sur le palier de la résidence, au centre de tous les passages de la maison. Je m’inquiète secrètement pour la qualité de mon enregistrement. Ewa vient fort opportunément nous déloger, en précisant que l’animation du lieu va aller croissant dans la matinée et que l’on va être tout le temps dérangés. Nous poursuivons finalement l’entretien dans son bureau, bien plus calme. Sabrina m’apprend que beaucoup de Montréalais ont les écureuils en horreur, parce qu’ils passent leur temps à fouiner dans les poubelles.
Je participe passivement à un webinaire, afin de savoir s’il n’existe aucun dispositif susceptible de compenser ma perte de revenus. La session est efficacement menée, avec près de cinq cents participants, mais j’en ressors sans avoir obtenu de réponses précises. La teneur générale des messages des trois organismes organisateurs, c’est grosso-modo : « Allez voir sur nos sites, tout est expliqué et on peut simuler sa situation. »
À peine le webinaire achevé, on m’appelle pour me proposer d’animer deux ateliers d’écriture en lycée. Les affaires reprennent mollement.
L’automne signe le grand retour de mon pensum délibératif mensuel. J’ai presque du mal à retrouver le ton caractéristique de ces micro-synthèses administratives.
25 septembre
À peine levé, je renverse la moitié de mon mug de café sur une pile de bouquins. Les dégâts sont contenus, certains livres sont plus touchés que d’autres, dont un emprunté à la médiathèque. La Vie littéraire de Mathieu Arsenault, avec sa petite couverture cheap, est bien imbibée. Je ne retiens que ce signe : la vie littéraire est bien imbibée.
Je cours 33 minutes.
Je passe à La Poste pour retirer L’esprit d’escalier de Pierre Ménard, roman-jeu de carte reposant sur un principe combinatoire. Chaque carte est une page autonome, il y a deux narrations, celle d’un personnage qui monte l’escalier de la gare Saint-Charles à Marseille, celle d’un personnage qui le descend, et on peut lire le récit dans un ordre chaque fois différent. J’accumule ce genre de curiosités.
Mes écouteurs déconnent. Je passe un coup de fil tout en prenant des notes au clavier, avec le téléphone coincé entre mon épaule et mon oreille et je me tords le cou.
Je passe l’après-midi sur mon pensum délibératif mensuel.
Je laisse la voiture au contrôle technique. Il va falloir une contre-visite : il n’y a pratiquement plus de frein à l’arrière.
Nous sommes traversés par une rivière atmosphérique, il n’a pas cessé de pleuvoir depuis le début d’après-midi. Premier coup de vent de l’automne. « Nous sommes traversés par une rivière atmosphérique » : le dérèglement climatique nous réserve quelques jolies trouvailles poétiques.
26 septembre
On a l’impression que la pluie n’a pas cessé de la nuit.
Je termine mon pensum délibératif mensuel. Je me disais depuis longtemps que je devrais en faire des haïkus. Eh bien c’est fait, voici la première livraison de mes Haïkus délibératifs mensuels :
Synthèse des délibérations
du Conseil communautaire
du 26 septembre 2024
- De la conseillère,
on installe le suppléant.
Siège vacant.
(délibération n°1) - Le Conseil désigne,
aux transports communautaires,
son délégataire.
(délibération n°2) - Le Conseil désigne,
au conseil délégataire,
ses cinq conseillers.
(délibération n°3) - En début d’année,
la contribution mobilité,
on la voit bouger.
(délibération n°5) - De ce qui nous gratte,
seront seules responsables
nos puces dressées.
(délibération n°7) - Il faut s’entendre
si l’on veut vivre ensemble
dans l’ancien marais.
(délibération n°11) - L’ancien marais,
on va d’abord le combler
de mots et paroles.
(délibération n°12) - En bonne entente
le Conseil fixe des règles
pour s’entendre mieux.
(délibération n°13) - Il faut un œil neuf
pour les nouvelles rigoles
de nos eaux usées.
(délibération n°14) - On dit à l’automne
le poids de nos déchets et
où va l’eau usée.
(délibérations n°15, 16, 17, 19) - On a décompté,
comme chaque automne,
les maisons promises.
(délibération n°18) - De taxe commune,
on exonère la charge
des plus gros déchets.
(délibération n°20) - Plus tôt on s’entend
sur qui payera le repas,
meilleur il sera.
(délibération n°21) - Chaleur du soleil.
À qui s’y réchauffera,
le Conseil paiera.
(délibération n°22) - Le Conseil abonde,
à un niveau élevé,
paniers percés.
(délibération n°26) - Dans la cabane,
les murs qui restent à monter,
reste à les payer.
(délibération n°29) - C’est bien commun,
l’argent que tu déposes,
quand tu t’arrêtes.
(délibération n°30) - Les rouleurs de fond
concourent au roulement
des fonds de concours.
(délibération n°31)
Je fais une visio avec Florentine Rey. J’explique mon travail autour d’un texte qu’elle souhaite utiliser pour des ateliers d’écriture. J’ai toujours cette même impression d’en dire trop, de ne pas retenir mes mots.
Je vais faire quelques photos sur la plage, je n’ai pas la tête à travailler, alors qu’il faudrait.

Ma mère m’appelle. Elle est vite de retour sur ses vieilles lunes, vieilles rancœurs, vieux malades, vieux morts. Heureusement elle a une nouvelle voiture. Je la laisse dérouler son fil, j’ai dû mal à m’intéresser.
Soir de flemme, gratin de pâtes.
27 septembre
Je cours 33 minutes. Je ressens une petite douleur au mollet, ce n’est qu’une demi-surprise, je cours désormais en me sachant à la merci de ces bobos. Assez sournoisement, la douleur n’est pas survenue pendant ma course, mais après, au fil de la matinée.
Je n’arrive pas à me mettre à travailler. Je fais une sieste, je regarde un documentaire, je reprends un vieux texte.
On retrouve Cadette.
28 septembre
Depuis trois ans que nous voyons quotidiennement l’île en face, sur l’horizon, nous décidons ce matin, au détour d’une promenade sur la plage, de prendre le bac pour aller y passer la journée. L’idée est spontanée, la décision rapide, les planètes alignées et les actes suivent, c’est exactement comme cela que j’aime ne pas planifier nos vacances et nos sorties.

Nous jouons avec l’hypothèse d’une installation sur l’île : changer de métier, trouver une maison, même petite, même moche. Nous ne creusons pas trop l’idée, de crainte sans doute de lui donner un peu trop de consistance. Nous nous connaissons. Nous restons en moyenne quatre ans dans nos logements, nous avons déménagé suffisamment de fois pour que ce soit nos enfants eux-mêmes qui nous imposent de nous poser, maintenant.
Quatre fromages + sept mercenaires = bonne soirée.
29 septembre
Cadette s’en va, Junior s’en vient. J’en dépose une à la gare, j’en récupère un à l’aéroport.
Nous discutons boulot avec ma chérie, et difficulté pour moi à trouver en ce moment de l’intérêt à ce que je fais. Sans trouver encore ni perspectives, ni alternative.
