21 octobre
Je cours 34 minutes, d’un bon rythme, avec de bonnes sensations et sans douleurs, ce qui est un grand motif de satisfaction. Je rentre content comme si j’avais fini un marathon.
Je termine enfin le portrait de l’autrice pour lequel j’étais peu inspiré.
Je prends de nouveaux contacts pour de nouveaux portraits.
22 octobre
Ce matin, moi, modeste rédacteur payé à la pige, j’interviewe par téléphone un écrivain, journaliste, aventurier, prix Albert Londres. J’ai dû passer à côté d’un truc.
Pour remettre les choses dans leur juste perspective, je visite un cimetière l’après-midi, en compagnie de la personne chargée d’en raconter l’histoire. C’est beau parce que c’est vieux, ruiné, végétal. En plus de mille et une anecdotes funéraires, on parle des meilleurs moyens de nettoyer une tombe : de l’eau, du Saint-Marc, une brosse métallique, de l’huile de coude.
À la demande générale de Benjamin, et parce qu’une de ses copines dîne à la maison, je prépare un hachis parmentier. Ou plutôt deux hachis : un végé, un carné.
La discussion se prolonge à table, légère, enjouée. Un coup de fil sur mon portable l’interrompt : la mère de la copine ne parvient pas à joindre sa fille, elle est très inquiète.
23 octobre
Je cours 37 minutes. Pas de bobos.
Le boulanger est moins bavard que le prix Albert Londres. Il acquiesce à chacune de mes questions, sans développer davantage. Il va falloir que je fasse avec ses mots ce qu’il fait avec sa pâte à pain : laisser reposer et attendre que ça gonfle.
Pour un autre travail, je dois résumer en un court paragraphe ce qui s’est passé de marquant en ville pour chaque année de la décennie écoulée. Très souvent, il ne se passe que du très quotidien, et du très récurrent.
Je finis Le Drap blanc, de Céline Huyghebaert.
24 octobre
Je poursuis mon travail de mémorialiste toute la matinée.
On pique-nique avec les enfants, Junior et Cadettte, qui travaillent l’un et l’autre en ville, l’un dans son tiers-lieu, l’autre dans sa librairie.
Je me décide enfin à montrer la voiture à un garagiste et à prendre rendez-vous pour des travaux.
Nouvel aller-retour en ville pour aller chercher les enfants, dont le train vient d’être annulé. Nous sommes assaillis par les moustiques.
25 octobre
Je cours près de 42 minutes. J’ai envie de croire que mes bobos sont derrière moi.
Nous apportons deux vélos à faire réparer. Le devis est un peu élevé mais on les laisse quand même. Je ne sais pas réparer les vitesses.
Dans la matinée, il n’y a plus d’internet à la maison. La box déconne. On débranche et rebranche mille fois les prises et les câbles, sans effet. C’est étrange comme sans cette connexion, on se sent incapable de travailler. La tentative de dépannage avec le chatbot conclue à la nécessité de prendre un rendez-vous pour le passage d’un technicien à la maison. Ça sent le début d’une nouvelle aventure. Je parviens à aggraver le problème sur mon ordi en faisant disparaître les connexions disponibles du menu, de sorte que je ne peux même plus disposer d’une connexion partagée. Je résouds le problème à partir d’infos glanées sur mon smartphone. Nous sommes techno-dépendants.
Je cuisine une soupe de lentilles et épinards, avec du cumin et du citron.
Je reçois la dernière livraison du journal d’Erica Van Horn.
26 octobre
Je me réveille entre deux cycles de sommeil. Je parie sur 3h13, mais ma montre indique 2h16. Mes insomnies se préparent pour l’heure d’hiver.
Notre problème de connexion à internet ne s’est pas résolu par miracle pendant la nuit.
Je cours 33 minutes. La mode depuis peu, sur mon bord de mer, pour les propriétaires de chien, est de les promener attachés à une très longue sangle qu’ils laissent traîner au sol. La laisse doit parfois atteindre les dix mètres. Certains maîtres vigilants parviennent à contrôler la trajectoire et la tension de ce serpentin, d’autres s’en foutent complètement et le laisse se tendre sur toute la largeur du chemin, ce qui est fait un obstacle particulièrement retors et imprévisible quand vous courez. Ils font mine de regarder ailleurs quand ils consentent à vous laisser passer, ils semblent même parfois vaguement agacés d’avoir à le faire.
Trouver un livre dans sa boîte aux lettres est toujours un plaisir. Le livre en question s’intitule J’ai promené le chien de Guy-Man d’Emmanuel Plane, en auto-édition, et je ne sais absolument pas comment il est possible de se le procurer, sauf à connaître personnellement Emmanuel et à lui demander directement. La première lecture de l’après-midi s’impose d’elle-même.
Parmi les centaines d’anecdotes dont regorge le recueil, je découvre pourquoi Les éoliennes, sur l’album Tout sera comme avant de Dominique A. dure 20 minutes.
À la médiathèque, un homme s’adresse à la bibliothécaire : « Voilà, je ressens un manque et j’aimerais écouter de la musique. » La bibliothécaire est un peu embarrassée, elle le renvoie sur une consultation de sites musicaux en ligne mais l’homme ne sait pas faire. Il ressort, avec son manque.
Un mail dans l’après-midi : notre problème de connexion est résolu. Et en effet, il est résolu.
J’attends les enfants qui sortent de leur boulot et stage. J’attends rarement en ville. Là, je suis simplement assis sur une banquette et je regarde le flux des visiteurs, un groupe qui se prend en photo, un couple sur une trottinette, un jogger en tee-shirt, des jeunes parents qui crient à leurs enfants de s’arrêter, des cyclistes qui progressent en wheeling, des capitaines de vélo-cargo, trois copines en goguette et des bateaux en arrière-plan, des voiliers et des bateaux patrimoniaux dont Le Belem actuellement, dont on distingue les mâts dans la forêt de mâts qui se détache sur le soleil couchant. Tentative d’épuisement d’un lieu rochelais.
J’improvise à la va-vite des chaussons champignons-épinards et des légumes au four, et ça passe, tout est bien cuit, tout est bien doré.
27 octobre
Je recule les horloges.
Le voisin d’en face a dressé son échelle pour gratter sa façade. De sa hauteur, il peut plonger dans notre salon et me voir dans mon fauteuil, en jogging, en train d’écrire les présentes notes. Je décide de m’en fiche.
Nous allons nous balader dans les marais qui bordent l’estuaire avec ma chérie et Cadette. Elles n’y sont jamais allées, et moi seulement une fois. On dénombre plus de vaches que de promeneurs, les lumières sont belles.



