28 octobre
Je cours 32 minutes.
J’écris toute la journée, tantôt pour le travail, tantôt pour moi.
Je passe récupérer le sixième volume de l‘Atlas des Régions Naturelles, de Eric Tabuchi et Nelly Monnier. J’aime toujours autant ce projet. Je reçois un mail me demandant d’évaluer mon « expérience de retrait » sur une échelle de 0 à 10. « Est-ce que vous recommanderiez le service de livraison à votre entourage (de 0 à 10) ? » La question devrait plutôt être « Vous arrive-t-il de parler de vos expériences de retrait avec votre entourage ? » Et la réponse serait « non, jamais ».
29 octobre
On me sollicite pour rédiger en urgence la nécrologie d’un ancien conseiller municipal dont on vient d’apprendre la mort. Pour seule source : un vieux portrait paru dans la presse locale, que l’on m’invite à piller allégrement. Je conclue en écrivant quelque chose comme « Figure incontournable de la vie intellectuelle de notre ville, homme de convictions et d’engagement, fidèle en amitié, blablabla blablabla« . Ça me fait penser à la chanson La Statue de Jacques Brel : « J’aimerais tenir l’enfant de Marie/qui a fait graver sous ma statue/il a vécu toute sa vie/ entre l’honneur et la vertu ». Aujourd’hui, l’enfant de Marie, c’est moi.
Me prend l’envie d’aller en ville, ce qui n’est pas si fréquent. Et une fois en ville, je ne sais pas trop quoi faire. J’ai pris prétexte de chèques à déposer mais c’est fermé chez le déposant. Je traîne comme une âme en peine, avec l’envie de pisser. Une franchise de marchand de gaufres a ouvert juste à côté de la librairie, c’est criard et odorant. Une franchise de marchand de cookies a ouvert à la place du bar que nous fréquentions étudiants et où j’ai connu ma chérie. Si ça avait été un marchand de cookies, à l’époque, aujourd’hui nous serions gros, et célibataires. Je jette un œil à la boîte à livres et j’y prends deux livres, neufs, probablement des cadeaux qui n’ont jamais été lus car le prix en est caché par un petit autocollant. J’achète une part de far breton, et je fais un arrêt sur le parvis pour regarder les gens. Cette sortie est un peu décevante, la ville a perdu en épaisseur, je n’ai plus rien à y faire. J’attends pour le train pour rentrer et je me décide finalement pour le bus, plus propice à observer la ville et les gens, et à écrire. Ce mini-voyage rachète la sortie. Il ne faut pas choisir le transport le plus rapide.
Nous faisons un dernier tour le long de la mer au crépuscule avec ma chérie.
30 octobre
Je cours presque 42 minutes.
Je passe au magasin pour acheter des sortes de charnières pour tenter de réparer notre étendoir à linge qui s’est cassé une jambe.
Nous retrouvons Sarah. Je passe à la médiathèque.
Junior n’a pas pu retirer un livre qu’il a commandé parce que La Poste a multiplié les obstacles pour sa démarche de retrait. Désigner une personne pour retirer le colis à sa place nécessite notamment d’établir une procuration dont le délai de validation annoncé est de deux jours. Nous faisons aussitôt part de nos expériences de retrait à Junior et lui recommandons de privilégier la prochaine fois tel ou tel opérateur. Il faut toujours parler de ses expériences de retrait avec ses proches.
Je tiens de moins en moins l’alcool. Un seul verre de Prosecco suffit à me chauffer les joues, au point que je m’inquiète d’avoir attrapé quelque chose : un rhume, la grippe, quelque chose qui chauffe les joues.
31 octobre
Je suis à 6 heures du matin sur un parking, pour accompagner Junior à son train. Je me recouche sur le canapé en rentrant et j’arrive à me rendormir un peu.
Nous savons qu’il ne faut pas croire la machine qui affiche complet plusieurs centaines de mètres avant le parking. Nous nous mettons dans la file et, en effet, il reste plein de places.
La boutique où je me fournissais en jean est fermée.
Je croise les premières personnes déguisées pour Halloween, en plein après-midi et par grand beau temps. Il faut reconnaitre que ça ne colle pas. Il faut que ce soit au crépuscule. Et c’est plus drôle quand ce sont des enfants. Avant l’heure, c’est pas l’heure. Après l’âge, c’est plus l’âge
Nous regardons Reality, de Tina Satter. Un des intérêts de ce film d’interrogatoire vient du fait que les dialogues sont le verbatim d’un enregistrement du FBI, effectué lors d’un véritable interrogatoire.
1er novembre
Je cours 32 minutes.
Entendu au marché ce matin, avec une petite crispation de mâchoire : « C’est des stands Mamadou, puisqu’ils s’appellent tous Mamadou. » Nous récupérons nos vélos, révisés pour l’hiver.
Nous déjeunons avec plus de cinq siècles d’années cumulées en sept personnes : mère, belle-mère, sœurs, cousines et tantes.
Nous retrouvons Sarah et commandons des pizzas.
2 novembre
Je cours 48 minutes sans dommage et j’en suis très content parce que j’aurais été incapable de courir autant de temps il y a encore quelques mois.
Sur ma course, je double à l’aller, et croise au retour, une colonne de jeunes militaires qui effectue une marche matinale le long du littoral. Un premier me salue d’un « bonjour monsieur ! », puis un deuxième, puis toute la troupe et je remonte la file la main légèrement relevée pour saluer en retour. Dans ces moments-là, il y a toujours un malin dans la troupe pour lancer un sonore « bonjour madame ! » qui ne fait même pas marrer ses copains.
Entendu au retour de ma course, avec une petite crispation de mâchoire, le propriétaire d’un chien noir minuscule, parti renifler le cul d’un autre : « Viens là, i’ veut pas de toi, c’est une pédale. » Puis, dans la foulée, « Il aime pas les noirs, il aime que les blancs. »
Je n’ai pas noté le nombre de fois où notre amie a cité le prénom du cinéaste avec qui elle travaille en ce moment, mais nous avons bien compris qu’elle l’appelait par son prénom.
Je fais le premier feu de l’automne dans le poêle à bois. Ça fume beaucoup, il faudrait sans doute faire ramoner le conduit.
Nous regardons She said, de Maria Schrader. Enquête journalistique sur l’affaire Weinstein, le film cherche son modèle du côté de Les hommes du président, mais il y manque un petit truc pour être pleinement convaincant.
3 novembre
Chaque dimanche, je reçois la programmation de La Maison de la poésie, et chaque dimanche, il est illisible.

La seule fois où j’ai posé la question de la lisibilité à un ami graphiste, il m’a regardé comme si je venais de faire une faute de goût majeure. Depuis je m’abstiens. Je m’abstiens notamment de lire la programmation de La Maison de la poésie. Et la newsletter de l’INA.
J’accompagne Cadette à la gare. Le train part et j’ai le bourdon.
