Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Novembre, semaine 48 – Scroll, cran, chicanes

25 novembre
Je guette une éclaircie sur l’appli de Météo France mais ça semble bloqué sur pluie. Je cours 46 minutes sous la flotte et je rentre trempé, mais content.

J’ai reçu un mail encourageant de Pologne, pour un projet de résidence en cours. Je mets à jour CV, portfolio en anglais, et je rédige une lettre de motivation. Ca va être très chaud pour boucler une candidature dans les temps, mais on fait notre possible.

Nous allons faire un tour à vélo avec Junior. Crevaison presque au terme de notre promenade, et retour en poussant nos bécanes à la main.

Je n’ai pas reçu certains mails que l’on m’a adressés. J’espère que ça ne concerne pas trop de mails, car en effet, aujourd’hui, j’ai reçu très peu de mails. Comment savoir ? Faut-il que j’envoie un mail à tous mes contacts en leur demandant « M’avez-vous envoyé un mail aujourd’hui ? » Mais comment me répondront-ils ?

26 novembre
Le train de Junior est retardé et il ne peut arriver en retard ce matin. Jean-Philippe Ervitemonjean et je l’accompagne.

Au retour, je reçois sur mon portable les mails bloqués dans les tuyaux d’internet, et dans la matinée une réponse positive de l’institution polonaise sollicitée pour notre projet. Ça rend les choses très concrètes, il faut envoyer un dossier avant la fin de la semaine. Je m’acquitte rapidement de quelques tâches subalternes et je m’y attelle illico. Courrier de motivation, description du projet, nécessité de la résidence, retombées attendues et, nouveau, dispositions environnementales. Le tout en anglais. Le dossier est pratiquement bouclé en fin de journée. Il est bien mieux ficelé que celui de ma précédente tentative pour une résidence en Islande.

27 novembre
Je cours 47 minutes.

Ce matin, je recois le courrier d’invitation de l’institution polonaise qui me manquait pour compléter mon dossier de demande de bourses. Je boucle le dossier en début d’après-midi et c’est déjà une belle victoire. Il y a une semaine, nous étions prêts à lâcher l’affaire en pensant que nous n’aurions jamais le temps de convaincre un partenaire étranger.

Je me rends dans l’enceinte du grand stade qui accueille l’équipe de rugby locale. Mais je m’y rends pour assister à l’assemblée générale des représentants de parents d’élèves. Ma tâche est un peu absurde : je prends en note la lecture d’un diaporama qui va m’être envoyé, et que j’enregistre, par ailleurs. Second temps, je passe de table en table pour tenter de suivre dix ateliers différents. Je m’éclipse au moment des petits fours, sans en goûter un seul.

28 novembre
Je me rends à la table ronde que je dois animer. Je croise quelques têtes connues, Yannick, Wilfried, Pauline, qui me parle d’un petit bouquin que j’ai écrit et publié pour un commanditaire l’année dernière, et qu’elle me dit avoir lu deux fois avec enthousiasme. J’avais vite remisé dans un coin peu accessible de ma mémoire ce bouquin de commande, alors sa ferveur me surprend et m’amuse.

La table ronde se déroule bien, les intervenants sont diserts et je n’ai pas vraiment besoin de les relancer. Il faut quand même que je reste attentif. L’exercice consiste à avoir toujours une question de relance en tête, tout en veillant à ce que la personne qui est en train de parler ne soit pas en train d’y répondre, auquel cas il faut tout de suite réfléchir à une autre question. Il faut veiller à bien distribuer la parole entre les quatre intervenants. Ce n’est pas une tâche à laquelle je me prête souvent mais ça se passe pas trop mal.

L’après-midi, sieste inattendue. Je sombre.

Quand on commence à s’impliquer dans un projet d’écriture, comme c’est le cas avec le projet de résidence, on a l’impression que tout vous fait signe, que le moindre article dans la presse, le moindre extrait glané dans les lectures du soir vous conforte dans la pertinence de votre entreprise. C’est le cas ce soir en relisant les Faits de Marcel Cohen.

29 novembre
Mon ordinateur me fait des misères en ce moment : le scroll est erratique, saute quelques lignes vers le haut ou vers le bas à chaque cran de molette, rendant toute lecture pénible, le curseur disparaît au bout de quelques secondes d’inactivité et le clic de réactivation agit sur ma navigation, le bouton lecture de mon appli musicale ne déclenche plus la lecture… que des mini-contrariétés absolument dérisoires qui me font considérer cette machine sur laquelle je passe trop de temps comme un ennemi intime, dont la mission secrète est de m’emmerder par ses besoins constants de maintenance, comme la voiture, comme le vélo, comme la maison.

Je cours 35 minutes.

Je démarre une machine de linge, l’étends. Je vais jeter le verre.

Il est rare que je puisse conseiller un même livre à la fois à Junior et à Benjamin. Pourtant, c’est le cas de C’est la guerre, de Calaferte.

J’observe la course du soleil derrière les cheminées.

30 novembre
Je cours 53 minutes.

J’essaie de contourner les ralentissements de la zone commerciale, en la contournant et en passant par le lotissement voisin. Mais la route est jalonnée de chicanes, de priorités à droite et il est compliqué de stationner sans gêner une sortie de garage. Mauvaise idée.

Je prépare une moussaka végétarienne mais c’est pas terrible.

1er décembre
Je cuisine des petites tartes moutarde tomates cerises, même si ce n’est plus de saison.

Je regarde Jeanne Dielman, 23 Quai du commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman sur Arte, mais je triche, je le regarde par petites tranches durant l’après-midi et la soirée. Ma critique : Oui, il y a quelque chose de fascinant dans cette capture du temps quotidien et de l’enfermement. Non, ce n’est pas le meilleur film de tous les temps.