2 décembre
Première chanson parasite au lever : Gaby de Alain Bashung.
Je cours 48 minutes.
Deuxième chanson parasite : I love too soon, de P. J. Harvey et Pascal Comelade.
J’adorerais établir la playlist des chansons qui parasitent l’esprit mais le problème est que dès que je commence à y réfléchir, mon inconscient fait du zèle et s’en va chercher, en ses tréfonds, le pire du pire. Un tel palmarès mérite quelques règles strictes : ne rien censurer, certes, mais ne retenir que les titres dont on prend conscience qu’ils nous tournent déjà en tête sans que l’on soit allé les chercher.
Manon me contacte pour savoir si l’on pourrait se rencontrer cet après-midi pour enfin réaliser l’interview que nous avons plusieurs fois reportée.
Troisième chanson parasite (certifiée) en fin de soirée : je sifflote La Java des bombes atomiques de Boris Vian.
Je demande à ChatGPT de nous expliquer la méiose et qu’on n’en parle plus, mais Benjamin refuse l’aide de l’intelligence artificielle, il veut pouvoir expliquer par lui-même la partition des cellules.
3 décembre
Comme un signe que je ne veux pas interpréter, je lis parmi les premiers articles du matin, une enquête sur l’utilisation de l’IA comme « aide aux devoirs » ou « moyen de triche », selon le point de vue, et ces parents qui encouragent leur enfant à recourir au précepteur numérique pour boucler leurs pensums vespéraux et qu’on n’en parle plus. Quel honte.
Furtive résurgence de Tombstone, des Pogues, période fin de carrière, au moment où ma chérie part au travail.
Activité inhabituelle sur le blog.
Je fais un passage rapide à la médiathèque, mais je n’y trouve évidemment pas ce que je cherche.
Je prépare des galettes garnies pour la maisonnée.
4 décembre
Je cours 46 minutes. Le soleil se lève, les lumières sont belles, je suis le seul humain visible sur le chemin côtier. Ce seul moment pourrait suffire à ma journée.
Guillaume Vissac, once again :
Je me contente d’écrire ce qui est, c’est-à-dire pas ce qui me précède, ni ce qui suivra, simplement ce qui est, le présent impossible, vu que, par définition, il ne dure pas. Suite à quoi, je vais courir 45 minutes (…), ce qui revient exactement au même, écrire et courir consistant à chercher toucher un présent qu’à la fois on ne touchera jamais, et qu’en même temps l’on touche pleinement à chaque instant que dure notre échec à jamais le toucher.
J’écris un peu.
Je fais un passage rapide à la bibliothèque universitaire, puis un passage encore plus rapide à la papeterie, puisque que j’ai décidé de ne pas payer mon stationnement. Je fais la queue à la caisse en surveillant à l’extérieur si les ASVP ne sont pas en train de verbaliser. Tous les clients avant moi demandent une facture, ce qui prend du temps. Au moment de payer mon cahier, la caissière m’informe qu’elle ne prend pas la carte pour moins de cinq euros. Je retourne dans les rayons pour prendre n’importe quoi, un bloc-notes, tiens. Je refais la queue à la caisse, les clients devant moi demandent tous une facture, je paye mes cinq euros et quelques centimes et regagne ma voiture. Payer mon stationnement m’aurait finalement coûté moins cher et j’aurais eu l’esprit plus tranquille pendant quelques minutes (mais je n’aurais pas eu un nouveau bloc-notes à spirales).
Je prépare un chili sin carne, qui fait l’unanimité.
5 décembre
La matinée est partiellement consacrée à la rédaction d’un communiqué urgent. Tout autre travail moins urgent n’a pas été considéré.
Le fait marquant du jour est incontestablement que je me suis rendu à deux reprises à la supérette, une première fois en fin de matinée, une seconde en début de soirée, que j’y ai effectué des achats courants, poisson, steaks végétaux, crèmes desserts, puis pain de mie, pain de seigle, lait, chocolat, soupe, produit vaisselle et que, dans les deux cas, et sans rien avoir calculé, le montant total de chacun de ces achats s’est porté à exactement quinze euros zéro centimes. Ma vie est dingue (mais aucun ticket de caisse ne peut en attester, je ne les ai pas demandés.)
Le soir, je lis un article sur les travaux de Anne-James Chaton, notamment sur son travail autour des tickets de caisse comme preuve de son existence.
6 décembre
Je cours 33 minutes.
Je fais un premier aller-retour pour récupérer Junior à la gare, puis un second aller-retour pour accompagner Junior dont le train vient d’être annulé sans préavis ni notification.
7 décembre
Après un peu d’hésitation, je brave la tempête naissante et je cours 54 minutes. A l’aller, un vent gentiment joueur me pousse dans le dos, je suis presque obligé de me ralentir. Je sais très bien ce qu’il me réserve au retour, et ça ne manque pas, j’ai un vent constant en pleine face, plus quelques bourrasques qui m’obligent presque à du sur-place. J’évite la pluie mais pas les embruns qui se jettent sur les enrochements, le long du chemin littoral.
Nous allons à un de ces marchés de Noël qui se déroulent chaque week-end en ce moment. Il y a toujours un peu de monde, j’ai l’impression d’y voir toujours un peu les mêmes choses, d’y croiser toujours un peu les mêmes têtes. Nous achetons toujours un peu le même calendrier des marées d’Émeline, que l’on reverra dans d’autres coloris chez les copains dans l’année à venir.
La météo tempétueuse se prête bien à un feu dans le poêle.
Nous regardons La Zone d’intérêt, de Jonathan Glazer, en famille.
8 décembre
Je me réveille à 8h50. Première lecture du jour : en Syrie, Bachar Al Assad est mis en fuite par des rebelles islamistes.
Je ne cours pas le dimanche.
Suite et pas tout à fait fin de la tempête qui souffle depuis hier. Les bénévoles du Téléthon – qui ont chez nous une semaine de retard par rapport à l’opération nationale – se caillent à l’entrée de la rue du Marché, en plein dans le courant d’air. La marchande de primeurs m’avertit que la saison des pommes à chair rouge, que j’ai l’habitude de lui acheter chaque semaine, s’achève. Elle m’offre, peut-être pour me consoler et très probablement pour m’appâter, une pomme d’une autre variété en guise d’alternative.
Il fait chaud dans la maison quand je rentre des courses, et ça sent la tartiflette (nous mangeons de la tartiflette.) J’ai hésité à racheter de la moutarde douce, et je constate que j’aurais dû, il n’y en a plus.
Nous allons marcher sur la plage avec Cadette. C’est une très belle occasion pour enfiler mon pull islandais. Au retour, le sable nous pique le visage. Nous discutons randonnée. Nous aimerions l’un et l’autre passer de prochaines vacances à marcher. Nous nous promettons de ne pas repartir comme l’été dernier, la fleur au fusil, et des ampoules aux pieds. Une mouette nous survole, elle n’a qu’une patte et celle-ci est cassée. Nous nous demandons comment elle peut se poser sans se casser le bec.
Je lis deux chapitres relatifs à Valérie Mréjen dans Écrire le quotidien aujourd’hui, qui me donnent envie de découvrir plus attentivement son travail. Je feuillette le Cahier des charges de La Vie Mode d’Emploi. Je cherche une fois encore à comprendre comment il a organisé ses listes, mais, une fois encore, je suis assez vite largué.
Un chat court pesamment sur le toit du salon.
Je ne perds pas tout crédit auprès de Benjamin, j’arrive encore à prouver que (4x – 3)² – 9 = 4x(4x – 6) et à trouver pour quelle valeur de x la solution de l’équation (3x – 2)² – 16 est égale à 0.
Je cherche partout dans nos tiroirs des feuilles de papier millimétré, avant de me souvenir que nous sommes désormais au 21e siècle, et de trouver en ligne des feuilles de papier millimétré à imprimer.
Je vais acheter de la moutarde douce. Sur la place à côté de la supérette, le marché de Noël y va franco sur les lumières.
A deux pas, sur le front de mer, d’autres lumières.
Je prépare deux pizzas.
Échange téléphonique avec ma mère :
» Je t’entends pas.
– Là, tu m’entends ?
– Non. »
Nous regardons Triangle of sadness, de Ruben Ostlund.












