27 janvier
Je cours 53 minutes, avec un vent tournant qui m’enquiquine pendant près des trois quarts de la course.
Le bombardement médiatique s’annonce incessant : quoi que l’on lise, où que l’on lise, on entend déjà partout « trump, trump, trump », c’est harassant.
En nettoyant, pourtant très délicatement mes lunettes avec une petite lingette d’alcool, une plaquette (l’un des deux petits trucs en plastique qui fait reposer la monture sur les arêtes du nez) me reste dans les doigts. Je dois faire appel à E. pour le replacer provisoirement puisque, évidemment, je n’y vois plus assez distinctement pour le remettre moi-même. Le célèbre piège à myope. Visiblement (?), c’est le minuscule pas de vis qui a cédé.
Je retiens mon souffle dans la salle d’attente du médecin, où j’accompagne E., qui semble bien grippé. J’assiste au changement de service et au passage de consignes entre les secrétaires médicales : Monsieur Untel a appelé, com-plè-te-ment affolé, après réception de ses dernières analyses sanguines, il a rendez-vous demain matin à 10h mais le cabinet ne les a pas reçues, lui, les analyses, il faudrait voir avec le labo, en attendant on a rassuré Monsieur Untel en lui disant que si les analyses étaient si alarmantes, c’est le labo lui-même qui aurait appelé le cabinet. Le docteur Bidule n’est pas en forme, il ne faut pas lui prendre de rendez-vous cet après-midi. Il faudrait fournir une liste de compagnies d’ambulances à Mme Truc pour sa mère. Le week-end au ski, c’était top.
Je passe chez l’opticien, qui me rend mes lunettes comme neuves, avec deux nouvelles plaquettes. Je n’ai jamais eu des verres aussi propres. Nous en profitons pour essayer quelques montures avec E.
Je suis optimiste : j’avais laissé les clés sur le démarreur de la voiture.
Je retiens mon souffle à la pharmacie, où tout le monde tousse, crachote, renifle à qui-mieux-mieux. Je n’ai pas envie de tomber malade.
Soupe de légumes, fromage, pommes.
Je finis Le Siège de Léningrad de Sarah Gruszak.
28 janvier
L’IA et moi, on écrit bien les conneries qu’on nous commande. La différence, c’est que l’IA ne semble jamais terrassée par l’ennui et le dépit à l’idée qu’elle est en train d’écrire des conneries.
Ce que je cherche – et que je suis contrarié de ne pas avoir trouvé – c’est un protocole d’écriture pour ce journal, qui lui confèrerait une certaine forme. Je tourne, j’essaie des trucs mais ce n’est toujours pas ça.
29 janvier
On m’associe à un nouveau projet éditorial assez motivant, qui pourrait possiblement couvrir les trois prochaines années.
Je cours 52 minutes, pendant une des courtes et rares éclaircies d’une journée où la pluie est tombée sans cesse.
Je passe rapidement à la bibliothèque universitaire. Je n’ai que quelques minutes à attendre pour rentrer avec R. Je les passe sur la petite plage urbaine, le nez au vent.

Il est absolument certain que je n’avais jamais rencontré le mot « semelfactif ». C’est désormais chose faite. Lire un mot inconnu pour la première fois n’arrive qu’une fois, c’est ça semelfactif, c’est ce qui n’arrive qu’une fois.
30 janvier
Je retrouve ma mère et mes sœurs dans une crêperie du front de mer. Tout le monde, ici, se pâme pour cette vénérable institution qui se trouve à deux pas de chez nous, et personne ne semble s’étonner que les crêpes sont très, très moyennes. Mais il a des airs de pension de famille balnéaire, rassurante, familiale, qui fait passer la piètre qualité de ce qu’il sert pour une spécialité locale. Il avait été convenu que j’abrège mon repas pour cause de rendez-vous de travail à 14h. C’est très bien ainsi.
Je rencontre Lou-Anna pour une interview.
J’apprends par mail que les caisses du Pass Culture sont pratiquement à sec et qu’il ne faut pas tarder à engager financièrement de futurs ateliers.
31 janvier
Je cours un peu plus de 50 minutes.
J’échange des travaux d’ateliers d’écriture avec Tony. L’un comme l’autre avons proposé des ateliers à partir des 3 trucs bien, de Fabienne Yvert, qui sont d’ailleurs à l’origine du présent journal.
Je passe l’après-midi à lire. Et récupère une voiture de location pour les trois jours à venir. Louer un véhicule me stresse toujours un peu, il faut les rendre plus neufs qu’avant leur emprunt et les sommes en jeu sont importantes. Mais on ne pouvait décemment pas demander à notre vieille caisse à savon de faire huit cent kilomètres en soixante-douze heures.
Nous retrouvons F. dans sa ville d’études, et dînons dans un restaurant indien. Il aura fallu que j’attende l’ultime repas de l’ultime jour de ce mois de janvier pour consommer une bière (dont je me serais finalement bien passé.) A peine nos assiettes vidées, le patron nous indique où payer, et comme nous discutons un peu, il nous apporte directement la note à notre table, et comme nous discutons un peu, il revient avec le terminal de paiement et là nous comprenons que nous ne sommes pas là pour discuter, que les places sont chères, c’est soir d’affluence.
Nouveau mail du Pass Culture : les crédits qui étaient annoncés hier comme presque épuisés sont ce soir annoncés épuisés. Plus aucun engagement n’est possible avant septembre. La série continue : plus d’ateliers, de moins en moins de commandes, pour des choses de plus en plus courtes, et la concurrence, de plus en plus tentante pour les commanditaires, d’un recours à l’IA.
1er février
Nous découvrons et visitons Limoges, où il a neigé dans la nuit.
Seconde crêperie de la semaine. Aucune comparaison possible avec le machin mal ficelé et sans saveur servi il y a deux jours de la crêperie de bord de mer. Là, c’est bon et sans tralala.
La médiathèque de Limoges est très impressionnante. La nôtre m’apparaît minuscule.
J’ai tellement peur d’abîmer la voiture de location dans la rampe courbe et étroite de sortie du parking que je m’y engage trop lentement. La voiture patine et je crains même qu’elle ne recule dans la pente. Les pneus crissent. Une fois à l’air libre, ce n’est pas plus glorieux, je suis un peu perdu, je manque de prendre une voie de bus en sens interdit, m’arrête entre deux voies, avant de retrouver le fil.
Nous ramenons F. dans sa ville d’études dans la soirée, cherchons du flan, trouvons du flan, mangeons du flan avec du thé, puis rentrons à la maison.

2 février
Je cours 48 minutes.
Je termine la lecture de Renoncer aux voyages, de Juliette Morice.
