24 février
Je me lève vers 8 heures moins 10.
Je cours 51 minutes.
25 février
Je me lève vers 8 heures.
Je lis (relis ?) Tombola, de Jérémie Gindre, qui traînait depuis quelques semaines (quelques mois ?) à côté du lit.
Je n’écris plus. Je n’y crois plus. Je préférerais ne plus.

26 février
Je déplace quelques meubles pour faciliter le chantier des plombiers. L’apprenti s’appelle Pablo. Pablo ne veut pas mettre ses lunettes. Coup de fil du patron de Pablo : il a branché l’alimentation des toilettes d’un précédent chantier sur le réseau d’eau chaude, ce qui n’est pas pour me rassurer. Chez nous, au moment de la remise en eau, il oublie de sertir un joint et se retrouve à éponger.
27 février
Je cours une heure et une minute.
Je lis Comment écrire un livre qui fait du bien ?, de Denis Montebello.
Nous faisons un tour en ville avec F. Tournée des librairies. Je prends le temps de flâner devant les rayonnages mais rien ne m’emballe vraiment. Je prends, je feuillette, je repose. Je n’ai plus envie d’acheter de romans. Ça coûte, c’est vite lu et je n’y reviens plus. Et les formes plus atypiques, plus originales, les recherches formelles, il ne s’en publie pas tous les jours. Je finis par acheter l’édition augmentée d’un livre que j’ai déjà.
(Même chose dans la seconde librairie, j’y vais finalement plus pour discuter avec les copains libraires, qui ne s’offusquent pas que je traîne et reparte les mains vides.)
Nous prenons un chocolat chaud, puis allons voir deux expos, celle de Tabuchi et Monnier, extraite de l’Atlas des Régions Naturelles et intitulée localement Mémoires des formes, et Mnemophilia, de Anaïs Marion, qui montre des produits dérivés mémoriels, comme un magnifique obus-thermos. Nous discutons avec Vincent, qui garde l’expo, et qui nous apprend que lui-même collecte tous les objets ayant un rapport avec le siège de la ville, comme un verre à moutarde représentant Richelieu.
Sur le temps de notre promenade et de nos visites, je reçois deux mails, dont un qui m’invite au vernissage d’une expo qui « interroge la place de l’Autre dans le processus créatif et son témoignage écrit comme agent d’une œuvre dont il a seul le pouvoir de création. » On se moque souvent de l’infatuation du jargon managérial, mais il y aurait à dire aussi du côté du discours artistique.
28 février
Pas couru.
Je commence à travailler sur un nouveau projet éditorial. Je vois apparaître mon nom associé à une nouvelle fonction, « rédacteur en chef ».
Nous nous rendons en famille à la soirée de clôture/changement de propriétaire de la librairie. Il y a du monde, il y a peu de place, je me retrouve coincé dans un rayonnage, je n’ai pas envie de jouer des coudes pour aller chercher un verre. E. est à coup sûr le plus jeune lecteur de l’assemblée, et moi-même ne fait sans doute pas partie des plus vieux.
Nous recevons une invitation surprise à déjeuner. J’avertis que nous sommes végétariens, ce qui plonge parfois les invitants dans des affres de perplexité. Pas cette fois.
Nous dînons au resto en famille complète, ce qui n’arrive pas tous les jours. Les plats indiens sont peu relevés, pour ainsi dire presque fades, pour ainsi dire presque insipides.
1er mars
Le sens qui nous permet d’estimer la durée du temps porte-t-il un nom ? Je suis réveillé à 2h, et je ne me rendors pas avant 3h30.
Je trouve cette coquille sur fabula :
Un premier volet invite des théoricien·nes du récit (…) pour réfléchier aux « conditions susceptibles de favoriser la « scolarisation » des notions qu’ils ou elles ont forgées. »
C’est une trouvaille intéressante, ça, « réfléchier » : se livrer à une réflexion pesante, déplaisante, désagréable. La nuit, quand on ne dort pas, on réfléchie pas mal.
J’attends E. pour aller courir mais E. ne se lève pas. Je pars sans lui, je cours 1h et deux minutes, puis finalement une quinzaine de minutes supplémentaires au petit trot avec E. qui s’est levé entre temps.
Je reçois une newsletter qui m’informe que « la Maison des Écritures a réouvert » et je ne peux m’empêcher de faire la grimace. Je suis tenté d’envoyer un mail pour dire que la forme correcte est « rouvrir », mais je trouve ça mesquin, cuistre, et puis la lettre est déjà envoyée.
Je passe l’après-midi à feuilleter une revue de narratologie en ligne. C’est drôlement intéressant la narratologie.
2 mars
Je me lève à 9h30.
Un nerf tressaute dans mon épaule, comme un piaf qui donnerait des coups de bec, mais de l’intérieur.
Redécouvrir un livre dans sa bibliothèque, en l’occurrence Touché de Pascalle Monnier, et savoir ce que l’on va lire l’après-midi.
J’épluche en vitesse des patates et je pense à Jeanne Dielman. J’épluche mieux les patates que Jeanne Dielman.
Je retiens de ma relecture de Touché, les cinq conseils suivantes :
- Ne plus se bercer de l’espoir, en dépit de Proust, que, là où la vie emmure, l’intelligence trouve une issue.
- Ne plus flotter dans la mélancolie et le renoncement comme on fait la planche trop longtemps dans une piscine par lassitude d’une nage sans destination.
- Se souvenir que le sentiment dépressif, ce que Dante nommait la Grande Tristesse, ne naît pas d’une circonstance particulière mais de l’existence elle-même et qu’il convient donc de s’y accoutumer le plus rapidement possible.
- Ne jamais oublier que la question est de savoir comment passer son temps.
- Se souvenir que l’écriture a servi durant fort longtemps à faire de la comptabilité et des recensements, autrement dit que l’écriture est ce qui permet de compter, décrire et ne pas oublier.

