5 mai
Je ne suis pas seul à être réveillé : premier chant d’oiseau à 5h45.
J’ai bien senti que ce matin j’avais des ailes : je cours 57 minutes et 55 secondes, sur le parcours habituel.
- Le camion-balai municipal rejette une poussière étouffante.
- Youyou, cocker, entreprend de courir à mes côtés.
- Le petit monsieur que je salue à chaque course s’appelle Alain, apprends-je en le doublant, tandis qu’un ami le hèle.
- On débroussaille les talus entre les bassins ostréicoles.
- La porte du carrelet bleu, grande ouverte depuis une semaine, est fermée.
- Au retour, le platelage est constellé d’éclaboussures d’origine inconnue, qui n’étaient pas là à l’aller.
- Sur la cale, quatorze optimists ont été équipés et alignés.
Je parviens enfin à entrer en contact avec la personne qui ne répondait pas à mes messages depuis trois semaines, et le portrait est bouclé dans la demi-heure, validé dans l’après-midi, envoyé dans la soirée.
J’envoie une facture.
Je poursuis la lecture du Carnet de notes 2016-2020 de Pierre Bergounioux.
Je prépare un riz cantonais maison.
6 mai
Nous sommes traversés par une goutte froide.
J’aime bien écrire ce genre de phrases. Autant que lire les mentions de la météo dans les notes de Pierre Bergounioux :
La vallée est noyée de brume. (…)
Le brouillard a fini par se dissiper mais la nuit vient déjà et c’est une étrange promenade, dans l’obscurité. (…)
La tempête annoncée n’atteindra pas l’intérieur du pays mais un ciel chargé de lourdes nuées mauves, dramatiques, fait peser sa menace sur la terre. (…)
La nuit a été claire et il fait plus froid mais il n’a pas gelé, du moins ici, sur la hauteur. (…)
Le vent est au nord-ouest, le ciel changeant, coloré, menaçant. D’éclatants cumulus voisinent avec des nuées de plomb, qui crèvent en grains et passent, révélant de suaves pans d’azur. Le froid est plus vif. (…)
Il est tombé un peu de neige dans la nuit. Elle a blanchi l’herbe, la terrasse. Ciel gris, froid morne. (…)
Le soleil a percé et le gain de lumière est sensible, en fin de journée. (…)
Le temps change. (…)
La vive lumière est un bonheur, après la grisaille des trois derniers jours et il ne fait pas froid. (…)
Le ciel de l’aube est limpide. Il s’ennuagera bientôt. La lumière gagne nettement aux deux extrémités de la journée. (…)
Il fait une douceur insolite, en ce premier jour de février, et les oiseaux saluent la naissance du jour. (…)
Le vent a soufflé en tempête, dans la nuit, et la journée, sera agitée, bourrasques, giboulées. (…)
Le vent continue à souffler avec rage et la pluie cingle les carreaux. (…)
Là-dessus, grisaille, pluie et il fait 5°. (…)
Passage à la médiathèque.
- Une voiture s’est égarée sur la place face au bâtiment, où ne roulent normalement pas les voitures. Elle reste un bon moment devant, avant de reprendre son errance.
- Passe à sa suite une voiture de la police municipale.
- Une troisième voiture coupe la place en diagonale.
- Une sonnerie de portable, forte, rompt le silence : c’est le sifflement guilleret de l’air de La Septième Compagnie.
- Plus tard, une autre sonnerie de portable, qui est ma sonnerie de portable, mais qui ne sonne heureusement pas sur mon portable.
Il manque un mot pour désigner le fait de se tenir au point précis où l’on gêne le mouvement de celui ou celle qu’on ne voulait surtout pas gêner. Et un autre pour caractériser le chuchotement parfaitement audible de quelqu’un qui s’applique à chuchoter en pensant qu’ainsi, on ne l’entend pas.
7 mai
Je cours une heure et une minute.
- La Brigade verte reprend son travail de Sisyphe : balayer le sable de la promenade, pour le ramener sur la plage.
- Une autre équipe sur le chemin côtier fait la même chose, avec les coquilles déposées par les marées par-delà les enrochements.
- Un tracteur ratisse la petite plage.
- Un canard s’envole quelques mètres devant moi, suffisamment près et suffisamment lentement pour que j’aie l’impression de voir le déploiement de son envol.
- Un avion de chasse passe au-dessus de la baie dans un grondement assourdissant, qui oblige à se boucher les oreilles.
- Depuis une exploitation ostréicole, un cri de joie soudain, quelque chose comme « YAA-HAA ! »
- Les petits défauts du chemin côtier ont été marqués à la bombe orange.
Lessives, rangement de la vaisselle, courses, préparation des repas, interview téléphonique, rédaction du portrait. Les tâches du jour sont faites.
Nous allons nous promener dans les petites rues de la ville avec C. puis sur le front de mer, où nous assistons aux variations pastel du coucher du soleil sur les nuages, le ciel, l’estran.
J’avance dans la lecture du Carnet de Notes de Pierre Bergounioux, mois par mois. A force de le lire souffrant d’un mal chronique du cœur, on finit par s’inquiéter pour soi-même. Son journal conforte dans l’idée que l’on peut écrire sur la répétition des jours et la banalité du quotidien sans que ce soit lassant.
8 mai
Le César du meilleur extrait de lecture de blog du jour est attribué à Lara, « Lynettew » pour :
J’ai rêvé que je me blottissais contre Élisabeth Borne parce que je cherchais des câlins mais ça marchait pas.
Le César du meilleur extrait de lecture de livre du jour est attribué à Pierre Bergounioux pour :
Je vais tenter la traversée de la journée.

9 mai
Je cours une heure tout pile.
- Des triathlètes courent en nombre – j’en croise même un avec son bonnet de bain – en prévision de la course organisée ce week-end.
- D’ailleurs, une femme à cabas m’encourage en passant, sauf que je ne le cours pas, le triathlon.
- Max, genre de bichon, vient se mettre dans mes pattes quand je passe à sa hauteur.
- Un salut franc, presque amical, rare, quand je croise un autre coureur.
- Le sable a été balayé du platelage.
- Un labrador fatigué éternue au-dessus de la merde d’un congénère. Son maître : « T’es couillon toi ! »
- Fumée noire au-dessus du restaurant : le pape démarre le four à pizzas.
- La rumeur d’un groupe de marcheurs nordiques avant le départ.
R. doit rapidement constituer un dossier pour tenter d’arracher une location. Nous consacrons la fin de matinée à rassembler une collection hétéroclite de documents.
Je cuis au soleil en lisant les notes de novembre 2017 de Pierre Bergounioux. Puis je sombre dans une sieste profonde.
Je fouille dans les appels à projets d’éducation artistique et culturelle – il faut bien manger et payer les loyers – mais ils ne sont pas pléthore et chacun se présente différemment, ce qui n’est pas pour dissiper ma flemme.
Très beau spécimen de locataires saisonniers flippés par la perspective de stationner leur voiture à moins de deux mètres de leur location. Plans, manœuvres, stratégies pour se garer. On sent que ça peut les occuper une bonne partie de leurs vacances.
Sur le front de mer, ça sent la saison estivale : shorts, glaces, enfants et parents excités. C’est le moment de l’année où nous allons commencer à vivre dans un parc d’attractions, jusqu’en septembre.
Je prépare un cake avec E. qui veut absolument apprendre à cuisiner avant son exil insulaire.
10 mai
Les parents qui s’adressent à leurs enfants sur le seul mode substantif : « Éléonore ! voiture ! trottoir ! »
Je lis tout l’après-midi. J’avance avec volonté et opiniâtreté dans le quotidien de Pierre Bergounioux.
Le ciel se couvre en fin d’après-midi, avant d’évoluer en orage et en pluie.
11 mai
A 9h26, premiers encouragements allezallezallez des triathlètes. Ensuite, ça n’ira qu’empirant alleeez alleeeeez, et les applaudissements ininterrompus. Allers et venues dans la rue, pour encourager deux fois les coureurs, puisque nous sommes doublement cernés, la course passe aux deux extrémités. J’aime courir et je n’aime pas les courses.
