7 juillet
Je cours une heure et deux minutes.
- Il tombe un presque imperceptible crachin.
- Sur la plage, un père et son fils et leur cerf-volant.
- Une trouée turquoise dans un ciel gris menaçant.
- Le vol lourd rasant d’une drôle d’oie noire.
- Le vent est d’ouest, tantôt nord, tantôt sud, toujours pleine face.
- Je recroise un coureur déjà croisé puis doublé.
Je participe à un comité de sélection pour des cartes blanches artistiques.
Je travaille l’après-midi sur la rédaction du gros rapport annuel.
Nous regardons Reservoir dogs sur Arte, que F. n’avait pas vu.
8 juillet
Le poison exsude.
Abracadabra, deux ateliers de rentrée se transforment en quatre ateliers à l’année.
Salade froide de lentilles
9 juillet
Le livre, commandé en ligne, a été pris en charge en point relais, traité puis expédié sur le site logistique d’Avignon, où il a été pris en charge puis expédié au Hub Lyon, d’où il a été à nouveau pris en charge puis expédié vers le site logistique de Niort, où il été une nouvelle fois pris en charge, avant de m’être livré dans un locker, où j’irai le retirer ce soir.
Sur le quai de la gare, j’écoute d’une oreille indiscrète les blasés du voyage : ils ont fait Maurice et les Seychelles, mais « les Seychelles, vraiment c’est juste balnéaire. » Pour l’heure, ils se dirigent vers la Bretagne en famille et à vélo.
Petit moment de gêne dans les toilettes de la médiathèque : nous sommes deux bonhommes, installés côte à côte chacun devant son urinoir, et cette proximité immédiate a pour effet de nous bloquer dans l’émission de nos pipis respectifs. Quelques secondes flottantes passent, pendant lesquelles nous attendons, en silence et l’appareil à la main, qu’une vessie veuille bien se débloquer.
Bel ensemble d’affiches sur la palissade de chantier.


















Rapide passage à la librairie.
Dans le train retour, deux femmes s’installent dans le même carré que moi. Elles sont épuisées et maudissent ensemble le compagnon de l’une d’elle, qui semble être un sacré cossard et n’en foutre pas une.
Je retire Aller Retour, de Nelly Monnier et Eric Tabuchi, dans un de ces locker d’entrée de ville qu’ils auraient pu photographier pour leur Atlas des Régions Naturelles. A l’instar de ses auteurs, le livre a accompli son propre voyage à travers la France, avant d’être lu dans la soirée.
10 juillet
Je suis faussement en vacances : je n’ai rien à faire pour l’instant, je sais que du travail va me tomber dessus, mais je ne sais pas quand. Je n’ai pas l’esprit complètement libre.
Je n’ai pas anticipé la nouvelle vague de hautes températures qui nous arrive et j’ai laissé entrer et s’installer le chaleur dans la maison. Je suis fatigué toute la journée.
11 juillet
Je cours 50 mn, sur un itinéraire raccourci parce qu’il fait déjà chaud (et que j’ai un peu la flemme.)
- Un maître à son chien qui ne sait où se mettre à mesure que j’arrive à sa hauteur : » Mais regarde où tu vas ! » Mais la gêne ne vient pas du chien, elle vient de la laisse que le maître laisse s’étendre sur toute la largeur du chemin.
- Trois adeptes du paddle dans les eaux paisibles du petit havre.
- Un chat inconnu tortille complaisamment du cul sur la promenade.
- Une scène photogénique : un tracteur en attente sur la cale, avec sa remorque chargée de piles de coupelles à huîtres colorées. Le soleil est encore assez bas, lumière rasante.
- Dans l’exploitation, une machine trie les huîtres.
- Un moineau m’accompagne quelques mètres, sautillant et voletant sur le muret devant moi.
- Sur la digue, un dératé fait des fractionnés.
- Max le bichon regarde avec circonspection une carpe koï-manchon à vent pendue à son mat.
À quelques centimètres près, un pigeon me chiait dessus.
Le coiffeur sympathique chez qui je veux, moi aussi et comme toute la famille, aller me faire couper les cheveux, ne peut me prendre que dans dix jours. Vue l’urgence capillaire, je reprends rendez-vous chez Barbie coiffure. Advienne que coupera.
Je lis Poèmes de ma hutte de montagne, de Saigyo.
ce que c’est
au fond
je l’ignore, pourtant
de gratitude
mes larmes coulent
12 juillet
Je prépare dans la matinée une salade de petits légumes à base de quinoa, ma célèbre « salade des incas ». Nous accueillons M. et J. pour le déjeuner, avec lesquelles nous irons nous baigner et, c’est rare, nous allonger sur la plage.
L’alléchante proposition d’une glace, émise après le repas, échoue finalement au pied du glacier. Ça ne nous tente plus finalement. L’envie a fondu.
13 juillet
Notre terrasse constitue un bon observatoire sonore de la vie touristique locale. Depuis notre terrasse, nous captons très bien des bribes de dialogues échangés par les estivants qui vont à où de reviennent de la plage. Ce serait un protocole d’écriture intéressant que de prendre en note ces paroles, sur une période donnée.
Me dis pas qu’il a mangé un kinder en scred ?! En SCRED ! T’en as même pas proposé un à ta sœur ! C’est honteux !
Je lis le mot-valise « art-chéologie » dans un chapitre de bouquin. Les coiffeurs ont leurs jeux de mots en « -tif » et en « -hair », les artistes ont les leurs en « -art », c’est autrement plus fin.
