Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Septembre, semaine 37 – Sang, naissains, solin

8 septembre
Je cours 50 minutes.

  • On démonte la piscine du club de la plage.
  • Croisé un corgi.
  • Croisé un bouvier bernois.
  • Croisé un berger allemand.
  • Croisé un épagneul.
  • Croisé un labrador, planté devant un mini-huski avec l’air de lui demander « tu veux jouer avec moi ? »
  • Je m’applique à écraser les compteurs de trafic tendus sur le chemin. A l’aller, et au retour.

Pas encore de boulot. Lessive, service après emménagement des enfants, marché, sieste, écriture, petit tofu aux lentilles.

9 septembre
Entretien avec E., pour un nouveau portrait.

Je raccompagne ma mère et ma sœur jusqu’à leur voiture. Elles radotent l’une et l’autre. Je fais discrètement un tour de rond-point supplémentaire pour m’assurer que ma mère s’y engage correctement. Elle manque de peu de le prendre à contre-sens.

Je me coupe le doigt en cassant un verre de cuisine. Une belle goutte de sang rouge sur le carrelage blanc.

10 septembre
Je cours 52 minutes.

  • Objets perdus : à l’aller, un pull, posé sur une barrière ; au retour, un chausson de voile, sur un muret.
  • Tout seul sur le chemin de sable.
  • Tout seul sur le chemin des douaniers.
  • Deux gars avec des pelles, l’un qui fume, l’autre qui escalade les enrochements, s’affairent près de l’écluse.
  • Parmi les mouettes posées sur les pieux des carrelets, un gros volatile noir avec un impressionnant cou en S et un bec pointu.
  • Un tas de plumes sur la digue, témoignage probable d’une attaque fatale.
  • Il est difficile de lire dans ses yeux plissés les intentions d’un sharpeï. Si sa maîtresse me sourit, le chien qui s’avance vers moi, pas trop.
  • Une femme ramasse les coupelles à naissains échouées sur la plage.
  • Un Saint-Bernard sursaute à mon passage.

Travaux de terrassement dans le voisinage, avec un marteau-piqueur qui résonne dans la maison toute la matinée.

Un artisan passe à la maison pour des travaux de couverture. J’apprends ce qu’est un solin mortier.

11 septembre
Je cours 51 minutes.

  • Un mouette déchiquetée sur la promenade.
  • Un arc-en-ciel enjambe le pertuis et relie les îles.
  • Comme dans un jeu vidéo, il faut trouver le bon rythme et la bonne séquence pour passer en évitant les vagues qui se jettent sur le chemin côtier.
  • Formation d’oies en Ï (i tréma).
  • Un chien m’aboie dessus.
  • Vent de face au retour.
  • Pluie fine au retour.

Une nouvelle proposition d’atelier d’écriture sur mon répondeur. Rien de neuf. Je prends ce qui vient.

Le matin, j’apprécie de pouvoir prendre mon temps et d’être en décalage. C’est plus compliqué l’après-midi, le temps est plus long.

Un chat surgit devant la voiture à l’entrée d’un village. Je donne un coup de frein et de volant et l’espace d’un instant je ne sais pas si je ne l’ai pas écrasé. Non, il sort de sous la voiture en me faisant un doigt d’honneur rétractable.

12 septembre
Je cours 51 minutes.

  • Un tracteur sur la cale, les quatre roues dans l’eau.
  • Trois parasols en fausse paille tombés sous les bourrasques.
  • Un pêcheur sur la petite digue enrochée.
  • Objet perdu : une baballe, au pied du muret près de la petite plage.
  • Je traverse les effluves sucrées écœurantes d’une vapoteuse, quelque chose comme de la barbapapa.
  • Le ciel s’obscurcit. Échapperai-je la pluie avant d’arriver ? non.

J’ai un peu de temps pour aller sur la grande plage de l’île.

En très peu d’années, le recul des dunes est impressionnant. À côté de cette plage en prise directe avec l’Atlantique, le petit océan clapotant que je longe en courant chaque matin ressemble à un paisible pédiluve.

Nouvelle commande d’articles. Je prends.

13 septembre
Sommes enfants confiants
dans leurs châteaux de sable,
attendant défiants
la mer qui monte.

14 septembre
Aujourd’hui, il ne s’est sans doute rien passé. Le matin, je n’ai pas couru, le soir, j’ai raccompagné E. sur son île, mais entre les deux… ?