29 septembre
On entre dans la saison où je vais courir avec le lever du soleil, et des lumières rasantes qui magnifient tout dans la baie.
- Objet perdu : un râteau en plastique vert pomme, posé sur le muret de la promenade.
- Un catamaran tracté sur la plage jusqu’au bord de l’eau.
- Aboiements d’un petit chien et cri d’un voisin excédé (Ça suffit maintenant ! »)
- Envol d’une nuée d’oiseaux à mon passage.
- Odeur de fumée.
- Odeur de curry.
- Coup de fusil dans le marais.
Au théâtre ce soir. A force d’appuyer ses effets comiques ou dramatiques, la comédienne, qui chante des poèmes, finit par s’enfoncer. En nous aussi, de gêne, dans nos fauteuils.
30 septembre
Course au pays du matin calme.
- Plus aucune trace du club de la plage sur la plage.
- Odeur de chlore près d’un chantier.
- Les oiseaux en nombre dans la baie, qui s’envolent là où ça canarde habituellement.
- Odeur de gasoil depuis les cabanes ostréicoles.
- Chamailleries canines, les bêtes s’énervent, le jeu pourrait dégénérer.
Rencontre au somment avec le directeur d’un établissement touristique de la ville. Au fil de l’interview, je me rends compte que le sujet n’est pas bien riche, le bonhomme pas très intéressant.
Je rédige, enfin, le portrait de E.
Nous nous promenons jusqu’au coucher du soleil.

Montevideo, de Enrique Vila-Matas. J’ai envie de lire ce livre qui traîne au pied du lit et, cependant, je fatigue.
1er octobre
J’aime regarder la foule que nous sommes sortant de la gare s’effilocher dans toutes les directions (sauf celle de la gare).
Dans les rues de la ville, il est de plus en plus fréquent de repérer des affiches manifestement réalisées par IA. Sur la vitrine de ce bar : l’annonce d’une soirée cabaret, avec un magicien tout droit sorti d’un mauvais Pixar, souriant devant un haut-de-forme ; sur celle de ce restaurant : une soirée raclette/tartiflette, avec deux souris joviales devant une pyramide de fromage dégoulinant. Ces affiches ont pour signature la même mocheté. Je me demande quels ont été les prompts, et à quel moment le prompteur s’est dit : « Génial » ou « Ouais, ça ira bien comme ça. » Dans la presse, sur le web, on ne cesse de lire des discours alertant du recours dramatique à l’IA. Mais dans la pratique des gens qui ne lisent peut-être pas ces alertes, le recours à la machine semble facile, rapide, pas cher. C’est moche, mais peut-être pas aux yeux de tout le monde, et de toutes façons, « ouais, ça ira bien comme ça ». L’affichette générée par IA est évidemment appelée à devenir un marqueur urbain de l’époque.
Une femme nage loin dans le chenal à partir de la petite plage urbaine et je l’envie. Moi, j’ai du mal à nager au loin.
Je me fais avoir à chaque fois : je remarque en ville des personnes plongées dans leurs pensées et je me réjouis qu’il existe encore des contemplatifs, prenant leur temps, juste attentifs au monde autour d’eux. Et les gens arrivent à ma hauteur et alors je me rends compte qu’ils sont en pleine conversation à l’oreillette, en train de bosser ou de régler des problèmes triviaux tout en marchant et que non, ils n’ont probablement rien à faire du monde autour d’eux. Je suis un peu naïf.
Ready-made ferroviaire, message défilant sur un panneau d’information :
L’accès à la gare routière
se fait par la passerelle
Joséphine Baker.
Au retour, dans le train, ma plus grande preuve de courage est de ne pas changer de place pour fuir le clochard agressif assis à ma hauteur de l’autre côté de l’allée et qui cherche tout le monde – passagers, contrôleuse.
2 octobre
On a tout de suite très envie de poursuivre la liste commencée par Guillaume Vissac :
L’enseignement est supérieur. La rentrée est littéraire. La dette est publique. Le secteur est privé. La défense est nationale. Les têtes sont chercheuses. L’intérêt est général. L’intelligence est artificielle.
L’artisan que j’appelle pour un devis vient vite, mais il ne semble pas vraiment considérer le petit problème pour lequel je le sollicite. Lui semble surtout intéressé par les chantiers potentiels qu’il pourrait me facturer, mais qui ne me posent pas de problèmes.
3 octobre
Je cours sous un ciel gris, que le soleil ne perce pas.
- C’est bien de courir sans montre.
- C’est bien de courir sans smartphone.
- C’est bien de courir sans application, sans chiffres à regarder, sans chercher à améliorer son temps, sa distance, son rythme ou que sais-je.
- Je cours à bon rythme, à mon rythme, et je regarde : la plage, la mer, l’horizon, l’île sur l’horizon, les dunes, la végétation des dunes, le chemin côtier, le port de plaisance, le port ostréicole, la baie, les oiseaux dans le marais.
On commence à entendre le vrombissement des voitures qui participent au rallye organisé tout le week-end dans les environs.
Je reçois le devis de l’artisan. Le bon point : le gars est allé très vite. Le mauvais : il a complètement pété les plombs, il me demande quatre fois ce que ça devrait nous coûter.
4 octobre
Plongée dans la grande surface pour faire les courses hebdomadaires de E. Une liste stricte, pas de chariot, et nous cherchons l’itinéraire optimal d’un produit à l’autre. Nous ne sommes pas loin de le trouver. C’en est presque ludique.
5 octobre
Nous accompagnons E. sur son île.

