6 octobre
Je cours. Ça caille.
- Deux tracteurs avancent sur l’estran.
- Je double trois fois le même coureur. Une première fois à l’aller, une deuxième au retour, et la troisième fois en soutenant son allure et un peu plus tandis qu’il tente un ultime fractionné. Il lui reste un peu de souffle pour me demander ma vitesse et constate un peu déçu que je n’ai ni montre ni appli de course.
Je devrais travailler dans la matinée mais je me fais happer par l’actualité politique : le jeune maître un peu gauche dans ses costards mal taillés jette l’éponge parce que Bruno, le fayot issu de son pensionnat de Vendée, ne veut pas être dans la même classe qu’un autre Bruno, le gommeux sorti d’une business school suisse.
Je fais assaut d’efficacité dans l’après-midi et enchaîne les articles les uns après les autres. J’en écris cinq en un couple d’heures. Puis je me rends aux archives municipales pour la préparation d’un atelier d’écriture. Il est question de gares, de trains et de plans de la ville.
Je passe par la grande surface de bricolage pour acheter un peu de mortier.
7 octobre
Je cours toujours. Ça caille toujours.
- Traces de pieds humides sur le bitume froid de notre rue.
- J’assiste au spectacle d’un coucher de lune qui s’efface lentement sur l’horizon et, au même moment, à un lever de soleil éclatant derrière la baie. Je ne retiens pas mon rire, tant la scène est époustouflante.
- Des grues paisibles dans les petits remous d’une sortie d’écluse.
- Le chant d’un coq depuis le village ostréicole.
- Les traces de pas n’ont pas disparu. Il fait trop frais pour qu’elles sèchent. Elles mènent jusqu’au garage de mon voisin, qui est donc allé se baigner de très bon matin.
Je boucle tous mes articles dans les temps.
Je monte sur le toit pour réparer notre problème d’infiltration. Si c’est bien l’origine du problème, cela nous aura coûté 10 €, au lieu des près de 900 que voulaient nous prendre les artisans.
8 octobre
J’aimerais pouvoir dire, puisque je ne trouve à lire en ce moment aucun bouquin qui m’intéresse un peu, que j’ai décidé d’en écrire un, mais ça ne marche pas comme ça. Je me lasse de mon écriture plus rapidement que de la celle des autres. (Surtout, nous sommes trop justes en ce moment pour acheter inconsidérément des bouquins.)
Pas de course ce matin, mais un tour de biclou.
- On tape les coussins des chauffeuses de plage avant, bientôt, de tout rentrer pour la morte saison.
- Le spectacle de la baie est encore une fois saisissant.
- Petite activité dans la zone ostréicole : ici on trie des coquillages, ici on nettoie la plate.
- Les pêcheurs à pied se tiennent prêt : la marée sera bientôt basse, l’estran dégagé, les coquillages accessibles.
- Le pédalier de mon vélo sort doucement de son axe. Je rentre concentré sur mes tours de pédales.
- Je croise et salue les promeneurs matinaux habituels mais, sans ma casquette et avec mes lunettes, sans mes baskets et sur ma bicyclette, eux ne me reconnaissent pas.
- Près des petites dunes, envolée de moineaux. Je pédale au milieu de la nuée pendant quelques mètres, je vole avec eux.

L’après-midi, je joue en pleine conscience mon rôle dans la comédie du travail. Je commence par une visio, durant laquelle, tout en participant, je me rends bien compte que je fais semblant, que les sujets dont on débat, je m’en fiche éperdument, que je joue l’implication, comme je jouerai demain au professionnel, en posant des questions qui ne seront que rhétoriques puisque les réponses, je pourrais tout aussi bien les écrire dès à présent, tant on me demande un exercice de communication institutionnelle convenu. Je poursuis par la plus imbécile des tâches : créer mon profil sur la plateforme administrative d’un nouveau commanditaire, étape nécessaire et obligatoire, qui m’oblige à aller chercher sur des sites où je ne vais jamais des documents dont personne n’a jamais besoin – une attestation d’assurance maladie, un extrait de casier judiciaire – et d’autres dont je ne sais même pas ce que c’est – une attestation employeur principal ? Évidemment, chaque document impose sa part de connexions, de demandes de renouvellement de mots de passe, d’envois de codes de sécurité, d’information de connexion, de mails de confirmation, d’accusés de réception, de captchas à recopier, de preuves de non-roboticité. Il ne m’en faudrait pas beaucoup plus pour que j’envoie tout balader.
Et pendant ce temps-là, l’alarme incendie du voisin de derrière retentit tout l’après-midi, nous obligeant à nous enfoncer bien profond des bouchons d’oreille.
9 octobre
Course.
- Les terrasses saisonnières sont démontées les unes après les autres. Aujourd’hui, celle de la crêperie.
- Un tracteur à l’arrêt sur la plage, les quatre roues dans l’eau.
- Objet perdu : une casquette « Cars » près de la petite plage.
- Le soleil est voilé, tout est plus doux dans la baie.
- Odeur de feu de bois depuis une cabane.
- Il fait de plus en plus frais, il y a de moins en moins de monde, je ne croise pas dix personnes.
- Deux courageux longe-côte.
Je déjeune dans un EHPAD. Comme j’avais préalablement signalé que j’étais végétarien, j’ai droit à la version adaptée du cassoulet qu’ils servent aux résidentes : une assiette de haricots blancs. Je suis soulagé de sortir.
Je dois interviewer à l’impromptu les participants à un « atelier participatif » installé dans un quartier de la ville. Ne passent que des ados en bande, qui s’arrêtent parce qu’on leur propose du jus d’orange. Ils n’ont pas grand chose à dire, ne se montrent pas très concernés par la « concertation citoyenne » (et franchement, j’ai bien du mal à les en blâmer.) Tout ce cirque participatif et citoyen est quand même un peu du flan. Pour me payer de ma peine, je prends une madeleine.
10 octobre
Course toujours.
- Les manœuvres des camionnettes ont imprimé des arabesques dans le sable.
- Un petit bateau à moteur rentre au port.
- Un camion-benne transporte de ces gros rochers qui servent aux enrochements.
- Ça bricole dans une cabane ostréicole.
- Je me dirige vers les coups de feu.
- Les silhouettes noires des grands échassiers à contre-jour dans un carreau du marais deviennent des silhouettes blanches éclatantes quand je fais demi-tour.
- Objet perdu : une de ces chaussures en plastique moulé et qui semble gonflé d’air, quelque chose entre une sandale et une crocks, posée à l’entrée du chemin de sable.
Lu chez Karl des Carnets Web de la Grange :
Vivre constamment au bord du gouffre, c’est ainsi que le capitalisme contrôle nos vies. Le loyer, la santé, manger, s’habiller. Rien que cela. Les besoins élémentaires sont une fonction de l’employabilité qui donnent à tous la possibilité de chacun d’acheter son droit à vivre. Ils fournissent les ressources. Ils contrôlent notre accès aux ressources. Même l’état, les collectivités locales sont excessivement dépendantes des fonctions économiques de la société. Nos vies sont marginalement artisanales. Elles sont toutes profondément dépendantes de l’industrialisation universelle.
J’ai lu ce matin une série d’articles dans Le Monde sur les conséquences des traitements anti-obésité sur l’industrie agro-alimentaire et comment celle-ci est en train d’adapter son offre (les industriels créent tout simplement de nouvelles gammes de produits protéinés.) Ça rejoint le constat de Karl : nos corps appartiennent in fine à l’industrie.
Le service client d’EDF me rappelle trois fois en cinq minutes pour savoir pourquoi je m’oppose à la personnalisation de leur communication à mon endroit. Chaque appel est précédé du même SMS automatique qui joue sur la personnification (« je souhaite échanger avec vous… Je vous contacte… ») et tout ce cirque s’achève par un ultime mail usant des mêmes codes (« Je suis Gabriel, votre conseiller à Tours et je me suis personnellement occupé de votre demande… »). Gabriel, je ne te crois pas une seconde. Je pense que tu es en réalité le dernier avatar de la relation-client assistée par IA. Ce pourquoi je m’oppose à la personnalisation de ta communication, qui me semble déjà par trop avancée. CQFD.
11 octobre
Rien noté pour ce samedi, sinon notre désormais rituel parcours optimisé de courses en grande surface avec E. Nous achetons huit boîtes de bonbons vegan car le foyer de son lycée a prévu de fêter Halloween avant les vacances d’automne et qu’il est préposé aux achats. La carte du foyer ne passe pas.
12 octobre
J’écris un peu, puis retrouve C. et E. à leur atelier de couture. Nous mangeons des sandwichs, en compagnie de P., que nous n’avions pas vu depuis le festival d’Aurillac. Je prends un café au soleil avec R. et nous téléphonons à F. Je flâne en ville avant de retrouver E. à son deuxième atelier, où il est le plus âgé. Le public de cette journée de recyclage textile est quasi-exclusivement féminin.
Je raccompagne E. sur son île et me fais une superbe bosse en me cognant violemment le crane sur une traverse d’échafaudage.
