13 octobre
- Au départ de ma course, ma voisine m’encourage à garder le cap.
- Un tracteur roule sur la fine pellicule de mer de l’estran recouvert.
- Deux photographes s’installent sur la plage, avec trépied pour leur appareil et trépied pour eux.
- Un dériveur posé le long du chemin près de la petite plage.
- Léger vent d’est.
- Le tas de coupelles déposées à l’endroit du bac à marée s’agrandit.
14 octobre
- Le manège des pelleteuses, tractopelles et camions-benne débute sur la plage. On charrie le sable d’une extrémité à l’autre.
- Un gros bidon bleu échoué, le fond couvert de moules.
- Odeur de poêle à bois depuis la cabane ostréicole.
- Bruit de tronçonneuse depuis les marais.
- Coups de feu.
- Les oiseaux, si nombreux dans le marais la semaine dernière, ont disparu.
La dernière aventure urbaine : se rendre sur un parking, la nuit, et retirer son bouquin dans un locker.

15 octobre
Je travaille sur des articles, et tout est expédié.
16 octobre
- Nuée tournoyante d’oiseaux dans l’aube pastel. Je cours avec eux dans les dunes.
- D’une course à l’autre, les blocs de pierre blanche de l’atelier de sculpture perdent un peu de matière.
- Tous les maîtres retiennent leur chien.
- Un colley nain avec une écharpe.
- Sur la plage, un tracteur vert tout neuf, avec des belles roues jaunes, charrie sa cargaison de sable, et le soleil magnifie la scène.
Le facteur sonne pour me remettre en mains propres les trois nouveaux volumes de Perec 53. Après l’ARN, c’est la deuxième série de livres qui s’agrandit cette semaine.

Sur l’île, cadré au bout de la rue, avec la mer en arrière-plan, je vois passer un glacier en triporteur et je regrette sur l’instant de ne pas avoir une caméra super 8 pendue à mon bras, prête à tirer.
17 octobre
- Un chercheur de trésor avec sa poêle à frire.
- Même nuée inlassable d’oiseaux dans les dunes.
18 octobre
Lu sur Fuir est une pulsion, de Guillaume Vissac :
Peut-être peut-on imaginer un futur où, si même la traduction littéraire est rendue à l’automatisation des machines, la traduction deviendra un acte personnel, une activité relevant plus de l’hygiène mentale, comme le sport au quotidien pour tâcher de ne pas grabater.
J’ai cette même impression que l’on tend vers ça. Automatisation certes, mais aussi sans doute industrialisation et professionnalisation. Les « process » tuent résolument toute forme d’amateurisme, d’imperfectionnisme. Tuent en même temps le plaisir de la recherche, de l’essai, du tâtonnement, de l’approximation, qui sont la patte de notre humanité. Un contre-pied de cette inclination mortifère est peut-être de maintenir avec détermination et discrétion une « économie parallèle », matérielle, artisanale, déconnectée, souterraine… Les hippies du monde numérique n’ont jamais cessé d’écrire, traduire, fabriquer, diffuser leurs productions, qui continuent à s’échanger comme des produits de contrebande dans des cercles d’initiés. Loin de l’industrialisation culturelle en cours, « il nous faut cultiver notre jardin », comme disait l’autre.
19 octobre
Comme un écho, cette note de Pierre Ménard :
Je prépare mon atelier sur la création de carte heuristique à la bibliothèque. Je note quelques idées sur un papier. Je teste des logiciels que je n’ai pas utilisés depuis longtemps pour décider ceux que je présenterais le lendemain aux usagers inscrits à l’atelier. Je me rends compte effaré que la plupart d’entre eux proposent désormais des extensions avec des fonctionnalités d’intelligence artificielle. C’est absurde, à l’opposé de ce qui fait l’intérêt de la carte mentale. Je tente une de ses fonctionnalités pour voir ce que l’outil permet. Tous les éléments de la carte se développent par extension. La surcharge du texte qui apparaît à une vitesse incroyable, trouble l’attention et détourne du résultat. Le texte produit remplit des vides plus qu’il n’apporte d’informations pertinentes permettant d’y voir clair, car ce qui compte dans la carte mentale, ce sont les liens unissant chaque étape de la réflexion. C’est prendre son temps, avancer lentement pour clarifier, point par point, les éléments qui s’accumulaient en désordre dans notre esprit. L’IA joue la carte de la magie en nous en mettant plein les yeux. C’est un véritable feu d’artifice d’inutilité et d’inexactitude. Une fois que la machine a terminé de rendre sa copie, il n’y a plus aucun intérêt à lire l’accumulation de ces amalgames. L’intérêt de la carte mentale est ailleurs, à l’opposé même de cette débauche d’informations, c’est une discipline de la retenue, de la lenteur, du cheminement intérieur.
Nous allons en famille voir l’exposition Vivian Maier Au bord du monde consacrée à la photographe, à la Maison des Douanes de Saint-Palais-sur-Mer. C’est une belle exposition, dans un beau lieu que nous découvrons, et c’est l’occasion de marquer le point Perec du jour :

