29 janvier
Je renonce à aller courir parce que j’ai trop de boulot. Je redistribue l’ordre de mes priorités : les petites merdes d’abord, les gros trucs ensuite.

Newsletter, factures. Je ne parviens pas complètement à me dégager d’une série d’ateliers qui m’ennuient profondément. Ça me mâche pour la matinée. Je suis à ce point perdu dans mes ruminations que je me trompe dans le chemin pour accompagner Benjamin au collège. Je retrouve un peu d’allant après la rencontre avec Nicolas. Entre-temps, j’ai reçu mon pensum délibératif mensuel et je consacre mon après-midi, et jusqu’au soir, à boucler ce travail.
30 janvier
Je me réveille en pleine nuit, sans savoir combien de temps. Je ressasse ma mauvaise fortune d’ateliers. J’arrive parfois à me convaincre qu’il faut y trouver matière à s’amuser. Je cours 34 minutes. J’ai l’impression d’avoir des jambes de bois. J’ouvre toutes les fenêtres de la maison jusqu’à la fin de matinée. Ça caille mais l’air frais fait du bien. Je rencontre trois instits qui ne trouvent rien à redire à mes propositions d’ateliers avec leurs élèves. Il y a matière à s’amuser, il faut s’en convaincre. Je repoussais jusqu’à présent un travail de réécriture dont je ne parvenais pas à estimer la durée. J’y passe l’après-midi et, à une ou deux pages près, je le termine. J’appelle ma mère pour son anniversaire. Elle se plaint que le téléphone n’a pas arrêté de sonner de la journée. Je compatis. Je briefe Junior et Cadette pour qu’ils ajoutent leur contribution à ce démarchage abusif. J’achète des bonbons à l’eucalyptus dans l’espoir que ça calme le truc qui me fait tousser au fond de la gorge. Ça ne marche pas beaucoup et je n’ose pas prendre davantage de bonbons parce que ma chérie m’informe que c’est laxatif. On est tous en train de retomber malade. Il ne me reste plus qu’un gros boulot à solder et je serai pratiquement venu à bout de cette vague harassante.
31 janvier
Je cours un peu plus de 33 minutes. Le chemin littoral se distingue à peine dans la brume, le soleil se lève tout juste derrière un voile de nuages, c’est si beau que ça me coupe presque dans ma course. Je termine et envoie le boulot d’hier. Je dois déclarer les sommes gagnées les trois derniers mois, je rentre un chiffre assez approximatif. Je prends le boulot suivant sur la pile : travail éditorial sur des nouvelles. Je prends quelques libertés. Dans le même temps, je cherche le fil dans la pelote pour démarrer le portrait de Nicolas, qui fait suite à notre rencontre de lundi. Je ne trouve pas. À 22h57, un tremblement de terre passe dans la rue, on dirait un camion.
1er février
Je me réveille une minute avant mon réveil. Je ne cours pas, je ne me douche pas. Je lis, relis et réécris trois nouvelles d’étudiants présentant toutes d’assez grosses faiblesses. Scènes d’exposition potables puis basculement soudain dans des péripéties invraisemblables, et issue miraculeuse. Les lieux communs abondent. L’essentiel est que je m’acquitte de ma tâche. J’empoche un lot de photos anciennes pour mon atelier d’écriture. Sur la route, je m’en veux de ne pas avoir pris Photos de famille d’Éric Pessan, pour illustrer la proposition d’écriture. Je fais demi-tour au rond-point pour aller le chercher, puis je me ravise parce que je crains que ça ne me mette en retard, puis je me ravise en me disant que si, je vais chercher le livre. Pendant qu’ils écrivent, je trouve comment dérouler ma pelote pour commencer le portrait de Nicolas. Une fois que j’ai trouvé ces premiers mots, quand j’ai trouvé à me mettre sur des rails, je sais que j’irai au bout, même in extremis. Surtout in extremis. Demain donc.
2 février
Je cours 33 minutes. C’est jour de pesée, la balance s’arrête sur 84 kg (elle déborde légèrement sur le trait), soit presque deux kilos de moins qu’il y a un mois. Je déroule, patiemment, ma pelote pour rédiger le portrait de Nicolas. J’envoie le portrait à 14h15, aucun autre travail urgent n’attend et je me dis que je vais m’offrir une petite après-midi off. À 14h18, je reçois un mail qui me demande de relire une trentaine d’articles, rapidement si possible, et pour pas cher, ce serait bien. Je rumine en pliant le linge, j’ai envie de refuser. Je temporise en allant faire des courses chez le bio et je me plante dans mes achats, j’achète du chili con carne au lien de haricots rouges et des raviolis au lieu de légumes pour tajine. Le maçon voisin m’informe qu’ils ont fini leur chantier, après un an, et me propose de venir voir le résultat. Je fais mon curieux et j’accepte. Ma première impression est que c’est moche, pas soigné, et pas heureux. Je jette un œil sur les articles à corriger. C’est moche, pas soigné, et pas heureux. Je récupère les sacs de ma chérie, qu’elle ne pourra pas rapporter à vélo. Elle arrive avec Cadette. Je vais chercher Junior à la gare. Nous nous retrouvons en famille. On finit deux fonds de bouteilles entamées à Noël.
3 février
Je ne sais pas comment je dors, moitié réveillé, moitié pas. Je range Espèces d’espaces, qui trainait sur une des petites tables du salon, dans la bibliothèque, et quelques minutes plus tard, la factrice apporte les quatre premiers volumes de La collection Perec 53 de l’Œil ébloui, dont L’espace commence ici, par François Bon, j’aime bien ces coïncidences. Les livres sont très joliment façonnés, très agréables. Je prépare trois pizzas maison. Nous regardons Les Tontons flingueurs en famille.
4 février
Je cours 32 minutes. Nous allons nous promener sur la plage avec les enfants. Je finis Implosions, de Hyam Yared. Je prépare des croque-monsieur. Je raccompagne Junior à la gare.
