15 avril
Je me traîne toute la matinée, je ne sais pas vraiment si je suis malade, fatigué d’une mauvaise nuit, ou un peu surmené. Toujours est-il que je repousse tout travail à l’après-midi. Je parviens juste à donner le change pour une interview en fin de matinée. L’après-midi, c’est pire. Je m’allonge sur le canapé, je broie du noir, j’ai juste envie que ça s’arrête, même pas, j’ai juste envie d’une pause. Je dis ça à voix basse, en détachant lentement les mots, « j’ai-besoin-d’une-pause ». Je glande sur internet, je n’ai même pas envie de prendre un livre. Point saillant et seule sortie de la journée : je fais les courses à la supérette.
16 avril
Il me manque trois heures de sommeil. Je m’attelle au portrait de Jul. Je vais lentement, phrase après phrase. Je l’envoie dans l’après-midi et je décide que c’est suffisant pour aujourd’hui. Je tousse encore pas mal, j’ai les tuyaux bouchés. Cadette est rappelée pour un job saisonnier, et Junior reçoit un premier signe encourageant pour un Master. On parle déménagement. Je suis encore à tout petit régime, mi-fatigué, mi-assommé.
17 avril
J’ai dormi n’importe comment, au gré des bouchages et débouchages de narines et des gorges asséchées. Je suis incapable de faire quoi que ce soit avant dix heures. Musique, café, journaux. On m’avance une commande de newsletter d’une semaine, en plein pendant ce que j’entrevoyais possiblement comme un répit possible. Feu vert de Jul pour le portrait, ça me rassérène un peu. Je rédige un premier article dans la matinée, un deuxième, un troisième, un quatrième dans l’après-midi. Je vais au plus simple, je ne m’embarrasse pas de style. Ça reste très laborieux.
18 avril
Enfin une bonne nuit, toutes narines ouvertes. Le technicien qui vient pour réparer les plaques à induction arrive tôt, je n’ai pas fini mon muesli (mais je suis habillé). Je suis préposé au disjoncteur, je coupe et j’ouvre le circuit sur son ordre. Je mets un coup d’éponge sur le plan de travail, à l’emplacement de la bordure des plaques, là où on ne nettoie jamais. Je fais semblant de comprendre les explications sur la nécessité de codes de réinitialisation sur les plaques électriques. Je fais celui qui connaît, je me regarde faire le caméléon. J’arrive au bout de la série d’articles dont je ne pensais jamais voir le bout. Ma chérie et Cadette viennent m’aider à décrocher l’expo des Secrets. Je me gare dans une zone où il est impossible de savoir s’il faut payer son stationnement ou pas, ni même s’il est autorisé de stationner ou pas. L’appli de stationnement réclame évidemment une mise à jour. Il est possible que je remballe l’expo pour la dernière fois. J’insiste mollement pour emmener Cadette et Benjamin à la rencontre sur « le journal dessiné » organisée par la Maison des Écritures. Finalement, tout le monde est partant mais je n’ai pas réservé et c’est complet quand nous arrivons, et même au-delà de la jauge. Je fais le naïf pour tenter d’infléchir la responsable, qui est désolée pour nous, mais on reste à la porte. Je n’aime pas cette habitude désormais de devoir prévoir et réserver pour tout. Je cuisine quatre repas différents, pour quatre appétits distincts, sur quatre nouvelles plaques à induction. Nous regardons Usual suspects qui repasse sur Arte, premier visionnage pour Benjamin.
19 avril
Et soudain, au détour d’un énième mouchage, mes oreilles se débouchent. La responsable de la Maison des Écritures se confond toujours en excuses, par mail ce matin. Je tape dans les caramels offerts à ma chérie. Je marche sur la plage avec Cadette. Je goûte une journée de flemme en pleine conscience, débarrassée de toute culpabilité. On m’a pourtant ajouté du boulot ce matin et la semaine prochaine, dite « de congés », compte déjà au moins trois tâches distinctes. Nous partons pour une promenade vespérale en famille, nous assistons à la disparition du soleil derrière l’océan, mais ça caille.

20 avril
Je commande un atlas. Je découvre que l’exercice d’atelier intitulé « À supposer » est à l’origine (d’)un livre de Jacques Jouet. Des bagnoles « de collection » tournent tout l’après-midi en ville, en faisant hurler leur moteur, c’est pénible.
21 avril
Je relis de très vieilles notes sur mon smartphone. Je réalise que je tiens un journal depuis longtemps, mais que je ne lui avais pas encore donné de forme. Cela fait d’ailleurs un peu plus d’une année que je tiens ici ce journal, sous cette forme-là (même si la fréquence d’envoi a changé) et je me demande s’il ne faudrait pas chercher à en renouveler la forme, justement. En ce moment, je ne fais que piocher dans les livres qui s’entassent à côté de moi. Je lis Jeunesse, de Tove Ditlevsen.
