Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Juin, semaine 23 – Protocole, médication, contracture

3 juin
J’anime un atelier au collège. Les élèves sont gentils mais mollassons. Je croise Catherine en salle des profs mais notre bref échange ne dure pas assez longtemps pour que je ne me retrouve pas à lire le « Protocole de résolution des situations de harcèlement », organisé autour de la cellule « Respect et Bienveillance ». De retour à la maison, Junior m’embarque dans ses démarches en ligne : renouvellement de passeport, et surtout, dossier social étudiant, dont il vient de découvrir qu’il n’est pas finalisé, et possiblement hors délais. Je dois dans le même temps répondre à quelques mails, faire des courses pour le déjeuner, passer récupérer Benjamin, et m’assurer que je n’oublie rien pour l’atelier de cet après-midi. Retour au collège. Perrine m’appelle pour savoir si j’ai bien reçu son mail du matin et si j’ai eu le temps de rédiger ce qu’elle me demandait en urgence. Deux fois non, ce qui rend la chose encore plus urgente à rédiger. Je fais sauter ce qui nous reste de patates nouvelles.

4 juin
Première grosse offensive des pollens, qui rendent la respiration pénible en pleine nuit. Junior reçoit ses premiers résultats de master, très encourageants. Une livreuse sonne de bonne heure pour me livrer un bouquin. Je rédige mon pensum délibératif mensuel. Je passe la journée complétement congestionné. J’ai les narines bouchées, je ne peux respirer que par la bouche, je suis bon à rien tout l’après-midi.

5 juin
Commence la médication lourde contre les allergies. Pas assez de pression pour que je me mette à rédiger mes articles. En passant, j’envoie un texte à un éditeur. Ne pas donner d’importance à ces envois, les noyer dans le flux de la paperasse habituelle permet de ne pas surinvestir l’attente. Je mets à jour mon « catalogue » (ou plutôt : je fais pour la première fois la liste) de mes ateliers d’écriture. Il y en a plus que ce que je pensais. Nous nous rendons à un spectacle de rue en famille. Dans le parking souterrain, une moitié de la famille choisit de prendre l’ascenseur, l’autre moitié les escaliers. Je suis dans la team escalier, nous courons comme des dératés sans oublier d’appuyer sur le bouton d’appel de l’ascenseur sur chaque palier, pour ralentir l’équipe adverse. Arrivée en haut des escaliers, le verdict est sans appel, je reconnais la douleur, je me suis fait une contracture qui me fait boiter, juste avant les spectacles, qui sont deux déambulations. On croise toute la ville (enfin disons, quatre copines qui bossent dans la culture ou la comm et qui se regardent avec l’air de se dire mutuellement « tiens, tu es là toi ? ». Nous avons juste le temps d’avaler d’insipides sandwichs triangle.

6 juin
Je pars un peu tard et ça avance en accordéon sur la rocade. J’arrive au collège à la dernière minute, pour mon dernier atelier. Enfin. Je m’arrête pour quelques courses au retour, j’oublie mon portefeuille dans la voiture, je suis obligé de laisser mes courses en plan dans les rayons. Quelqu’un s’abonne à Bonheur Portatif sur une autre plateforme où je ne poste jamais. Je signale par mail la bonne adresse à cette nouvelle abonnée, qui ne reporte finalement pas son abonnement sur le bon blog. Je cuisine pour quatre, mais deux seulement mangent, et deux autres n’ont pas d’appétit. Je m’accorde une petite sieste pour reposer mon mollet. J’écourte une importante discussion avec Junior car je dois filer prendre mon train. Ma sœur cherche à m’appeler juste avant la réunion pour m’annoncer elle aussi quelque chose d’important. La réunion se passe, j’ai juste le temps d’attraper un train, en prenant un vélo public. Cadette appelle pour m’informer de ses résultats de prépa et des psychodrames en cours dans son entourage. Le pizzaiolo se plante dans la commande. Je réalise tardivement que je n’ai pas envoyé mon pensum, alors qu’il est rédigé depuis deux jours. Lourde journée, il est temps qu’elle s’achève.

7 juin
J’hésite à me lever dès 5h30, puisque je suis réveillé et qu’il commence à faire clair. J’observe les mouvements des abeilles au-dessus des ruches dans le parc où j’attends l’heure de l’interview. L’artiste n’est pas là. On parle de longues minutes avec Ewa en l’attendant. L’artiste arrive finalement, au moment où je m’apprête à partir. Lui-même s’est couché à 5h, nous aurions dû faire l’interview à ce moment-là. Je dois passer un appel à midi et il est clair qu’avec ce retard, l’interview ne sera pas terminée. Je n’arrive pas à savoir si Rolaphton ne parsème pas son récit de quelques bobards. J’interromps l’interview pour passer mon coup de fil. La visio de l’après-midi est chahutée, mon micro et ma caméra ne fonctionnent pas, et Émilie anime la réunion depuis un bus, d’où sa voix métallique coupe par intermittence. Benjamin me rapporte une gaufre insipide, achetée au glacier du front de mer. Il semble certain que je n’en prendrai plus chez eux. Je prépare mes poivrons sautés à la sauce aigre-douce. Cadette prévient qu’elle vient de se tromper de train. Je traverse la pampa soleil couchant pour aller la chercher. Je la retrouve dans une gare paumée.

Nous entamons aussitôt le retour. Cadette nous offre un cadeau à chacun.

8 juin
Je suis tôt levé. La journée se passe entre micro-siestes et micro-lectures. Nous allons suivre en famille une déambulation du festival de théâtre de rue. Nous retrouvons Mariane et Éric. Je bois ma troisième (?) bière de l’année. Nous assistons à la représentation d’un spectacle déjà vu en sortie de résidence. Je reste assez réservé. Après une heure et demie sur des petits gradins en bois, j’ai les fesses en compote. Je mets trop de grains de poivre mariné dans mon sandwich, je m’endors avec des brûlures à l’estomac.

9 juin
Nous allons voter en famille, Cadette pour la première fois. J’essaie de couvrir les pépiements aigus des enfants des voisins en poussant le volume des Suites de Bach, ça créé une diversion pour l’oreille, ça marche à peu près. Nous nous rendons à un nouveau spectacle de rue avec Benjamin. Une heure assis à même le sol, j’ai à nouveau les fesses en compote, mais le spectacle était bien. Le soir, nous apprenons que Cadette va avoir l’occasion de voter à nouveau, plus tôt que prévu.