17 juin
Je suis parfaitement à jour de mon travail en milieu d’après-midi, et au moins jusqu’à la fin de semaine. Je me couche sans déplaisir alors qu’il fait encore un peu jour.
18 juin
Balade à vélo, ronchon, maussade, inquiet. Ça met du temps à se dissiper. Je passe prendre rendez-vous chez le coiffeur. Non, je ne sais pas comment s’appelle « celle qui [me] coiffe d’habitude ». Tandis que j’attends pour un shampooing, dans le fauteuil massant qui va bientôt me labourer le dos, j’entends une dame raconter dans le détail son récent achat de mobilier de jardin et je vois bien, depuis mon poste d’observation, que la coiffeuse n’en a strictement rien à faire, elle est concentrée sur ses gestes et se moque de savoir que Casto faisait 20 %, qu’une chaise était cassée mais que ça restait, quand même, une bonne affaire quand on voit comment tout a augmenté. Avec Déborah, « celle qui me coiffe d’habitude », on ne se parle pas pendant la coupe, elle m’informe juste que le temps s’est assombri et qu’il va flotter d’une minute à l’autre et c’est très bien comme ça. Effectivement, à la seconde où je sors, la pluie se met à tomber, c’est parfait pour me remettre les cheveux en place. J’ai mal à la tête. Je suis crevé. Cadette me pose une colle par SMS (« Qui, dans ta playlist, chante quelque chose comme « une petite balade » avec une voix chevrotante ? ») Je ne trouve pas. J’essaie une recette de pâte brisée pour arrêter d’acheter des pâtes industrielles. C’est ultra-facile. Benjamin trouve tout de suite la réponse à la colle de Cadette : il s’agit de David Lafore, sur son titre « Incompréhensible ».
19 juin
Je suis arrêté ce matin, par ces mots, dans Fuir est une pulsion, de Guillaume Vissac :
Je fais des expériences. J’essaye des choses. Ça ne prend jamais. Et je ne suis pas plus avancé qu’au début. Si ça se trouve, la forme fut trouvée, un temps, puis mise de côté et oubliée, car personne ne m’a félicité pour l’avoir atteinte, ou bien alors car je me suis satisfait uniquement de l’avoir approchée sans éprouver la nécessité de concrétiser quoi que ce soit.
Je me sens assez proche de ça, dans ma manière d’écrire (et puis ça change de la sempiternelle citation de Beckett extraite de Cap au pire : « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. ») Hier, lors de ma promenade matinale à vélo, je suis allé jusqu’à l’entrée de la réserve naturelle. Un bac à marée avait été installé, qui était plus que plein. J’en ai pris quelques photos.

Ce matin, je lis la courte interview de Gérard Cartier dans En attendant Nadeau, et ça me donne envie de retourner piocher dans son livre Le Voyage intérieur. J’ouvre le bouquin au hasard et je tombe directement sur son poème « Bac à marée (Saint-Brévin-les pins) » :
| Lame de parquet 2 éclats de bois un parapluie blanc | ourlé de fuschia poignée translucide sortie de sa tige em |
| ballages divers crépitant NITROBALL une pile alcaline | 2 boutons verts un quartier d’orange des débris colorés |
| hommage à Arman impromptu ou à Robert | Rauschen berg … |
J’avance sur un texte, sans trop savoir où ça va, mais de manière résolue.
20 juin
Certains travaillent à 7 heures 48 et m’envoient déjà des textes à relire. Le pire étant que je m’exécute. Je boucle ainsi ma journée avant 9 heures. J’écris une bonne partie de la matinée. Je passe à l’université, récupérer mes affaires et vider le placard. Je remplis un bac jaune de petits textes micro-edités, je reviens avec de la papeterie. Je passe à la B.U. Le livre que je cherche, et qui est censé être disponible, n’est pas classé à sa place. Autant dire qu’il est perdu. J’emprunte Du monde entier au cœur du monde, de Blaise Cendrars, et je comprends en feuilletant la table pourquoi je ne parvenais pas à trouver une édition du recueil nommé Kodak, dont parle Chartier dans En attendant Nadeau. Kodak est le titre original d’un recueil de « photographies littéraires » mais la maison Kodak avait fait savoir à l’éditeur de Cendrars qu’elle ne souhaitait plus voir sa marque associée à l’ouvrage. Pour éviter tout désagrément judiciaire, Cendrars et son éditeur avaient renommé le recueil Documentaires. C’est sous ce nom qu’il est connu aujourd’hui. J’ignorais cette histoire mais elle m’amuse. Je lis donc Documentaires dans la soirée.
21 juin
J’envoie un mail à l’Université, puis je m’absorbe dans mon travail d’écriture. Je réalise soudain, en milieu de matinée, que j’ai oublié de réveiller Benjamin. Pour rassurer ma mère, je passe à la poste demander si la carte d’anniversaire qu’elle a postée pour son petit-fils n’est pas en instance quelque part. Je commence à travailler vraiment en milieu d’après-midi, pour m’arrêter deux petites heures plus tard. Mes croque-monsieur sont tout ratés. Pour fêter la musique, je lis Les Pâques à New-York de Cendrars à voix haute dans mon salon.
22 juin
Arrive toujours le moment où je doute de ce que je suis en train d’écrire, ce qui a pour effet, le plus souvent, de me stopper dans mon élan. C’est aujourd’hui. Je relis ce que j’ai écrit dans la semaine, et je trouve que ça ne tient pas debout. Je commence à tout démantibuler, ce qui n’est pas bon signe. Je cuisine une jolie tarte poivrons-feta pour le repas de ce soir. Nous sommes invités chez Mariane et Eric, où nous retrouvons également Julie. Je bois désormais suffisamment peu pour qu’un peu de vin me fasse douter de ma conduite. J’ai mal au ventre en me couchant.
23 juin
J’apprends par un mail qu’aujourd’hui, c’est Bartelboothday. Je sauvegarde tous les textes de mon vieux blog Au Petit Commerce. J’obtiens un document de près de 80 000 signes, avec quelques textes qui fonctionnent sans la photo. Aucune idée de ce que je peux en faire. Je passe une bonne partie de la journée à tenter de (re)donner une forme à ce que j’ai écrit toute la semaine. Je ne suis pas tout à fait convaincu, pas complètement dépité non plus. Je plongé dans le bocal de sucreries que ma chérie a posé sur la table du salon.
